Dans la boîte à outils de la lutte contre la congestion et la pollution urbaines, le péage est l’outil le plus efficace. À condition de l’inscrire dans un projet ambitieux d’investissements pour la mobilité.

La loi devrait bientôt autoriser le péage urbain dans les grandes villes françaises. C’est une bonne nouvelle. Il y a trop de voitures dans les centres urbains, trop de bouchons. Cette saturation a deux effets catastrophiques. Elle engendre une pollution qui tue des milliers de femmes et d’hommes par an. Et elle fait perdre des millions d’heures à tous ceux qui sont prisonniers de longues heures des voitures, des camionnettes, des bus. Pollution et congestion sont devenues les deux fléaux de la mobilité urbaine.

Interdictions contournées

L’augmentation des voies de circulation, pratiquée jusque dans les années 1980, a attiré encore plus de voitures. Leur diminution, appliquée avec zèle dans une ville comme Paris, a encore accru la congestion avec des effets discutables sur la pollution. L’interdiction des voitures les plus polluantes est peu efficace et injuste. Les propriétaires de ces véhicules anciens sont logiquement les Français les moins aisés. Et une voiture électrique prend autant de place qu’une voiture diesel.

D’autres formes d’interdiction, fondées par exemple sur les plaques d’immatriculation (les numéros pairs autorisés à circuler seulement les jours pairs) sont relativement peu efficaces et largement contournées.

Comme le montrent de nombreux exemples étrangers, le péage est l’instrument le plus performant pour lutter à la fois contre la congestion et la pollution. Singapour a ouvert la voie en 1975. Bien d’autres villes ont suivi, dans des pays du sud de l’Europe comme du nord, dans des pays de tradition libérale et d’autres de tradition plus sociale-démocrate.  Londres a montré les limites d’un système cher et resserré sur l’hypercentre.  Stockholm a prouvé l’utilité d’un système moins coûteux sur une aire plus vaste.

Tarif plafonné à 2,50 euros

Dans  une note publiée récemment par la Fondation pour l’innovation politique, le consultant Jean Coldefy préconise ce dernier type de tarification, assorti d’exonérations pour les faibles revenus. Le projet de loi d’orientation des mobilités semble choisir cette direction, avec un tarif plafonné à 2,50 euros (5 euros dans les plus grandes villes, contre plus de 20 euros à Londres).

Le péage urbain est une bonne solution… à condition d’être une composante d’un vaste projet. L’argent doit impérativement être fléché vers les investissements indispensables pour améliorer les mobilités urbaines : développement des transports en commun bien sûr, mais aussi outils de gestion du trafic, construction de voies réservées et de pistes cyclables, parc-relais à l’entrée des agglomérations, système unique de paiement… Il ne suffit pas de faire rentrer l’argent pour améliorer la mobilité urbaine. Il faut aussi savoir le dépenser.