Primaire, pas primaire ? En annonçant, au cœur de l’été, dans Corse Matin qu’il se préparait à la présidentielle, mais refusait de se plier à tout processus de sélection en amont – « Ma primaire, ce sera le scrutin régional des Hauts-de-France » –, Xavier Bertrand a relancé un débat déjà explosif au sein de la droite française.

Fin juillet, Gérard Larcher, le président du Sénat, en avait déjà résumé les enjeux sur RMC et BFM TV : « C’est naturellement un sujet majeur pour cet automne. Il faudra une méthode de départage, peu importe le nom, que ça s’appelle primaire ou autre chose. » Une opinion que partage Bruno Retailleau, le président du groupe LR au sein de la chambre haute, bien tenté de se présenter. Mais aussi Valérie Pécresse, qui, comme Xavier Bertrand, a quitté LR pour voler de ses propres ailes. « Aujourd’hui, précise au Point la présidente de la région Île-de-France, le leadership de la droite pour la présidentielle n’est pas tranché. Il faudra bien le faire un jour, et surtout rassembler derrière le choix exprimé. La droite façon puzzle, c’est l’échec assuré. La primaire ouverte est le moyen de choisir et de faire trancher les millions de Français qui partagent nos valeurs. »

Sujet miné. Car à la direction actuelle du parti majoritaire de la droite, l’affaire est loin de faire l’unanimité. « Chacun est sceptique sur la primaire, nous confie le numéro deux des Républicains, Guillaume Peltier, parce qu’elle symbolise la défaite de 2017 et ne concerne qu’une fraction du corps électoral alors même que la présidentielle est la rencontre entre un homme, un projet et le peuple. » Il est vrai que les précédents ne plaident guère en faveur de l’opération : à droite comme à gauche, les deux candidats sélectionnés par des primaires, François Fillon et Benoît Hamon, n’ont pas passé la barre du premier tour.

« Il faut tourner la page de la primaire. C’est un outil obsolète dont il faut se débarrasser, une machine à perdre et à rétrécir la droite », assurait sans ambages Aurélien Pradié, le secrétaire général LR, fin juillet dans Le Journal du dimanche. Le président du parti, Christian Jacob, qui souhaite la candidature de François Baroin – celui-ci se prononcera en octobre –, n’a jamais caché son hostilité à ce système. « Aujourd’hui, lâche un responsable LR, la seule primaire qui vaille, c’est la précampagne présidentielle : il s’agira de savoir qui en août 2021 à droite bénéficiera d’une dynamique… »

Le spectre des duels fratricides

Et s’il y a pléthore de candidats ? La droite s’expose-t-elle au spectre des duels fratricides qui ont marqué les présidentielles précédentes : Pompidou vs Poher (1969), Giscard/Chaban-Delmas (1974), Giscard/Chirac (1981), Chirac/Barre (1988), Chirac/Balladur (1995) ? « Si vous enlevez les primaires, vous ne supprimez pas le mécanisme de sélection des candidats, vous le déplacez, note Dominique Reynié, professeur à Sciences Po et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol). C’est le point faible de la démonstration de Xavier Bertrand. »

Les primaires, souligne le politologue, sont « une idée très ancrée à droite » puisque le premier à en avoir eu l’idée, c’est… Charles Pasqua, après l’échec de Chirac à la présidentielle de 1988. Il l’expose ainsi sur le plateau de l’émission politique L’Heure de vérité le 9 janvier 1989 sur Antenne 2 : « Il faut trouver un système qui permette aux électeurs de choisir eux-mêmes le candidat qu’ils souhaitent voir représenter l’ensemble des sensibilités qui constituent un pôle d’un côté et un pôle de l’autre. J’ajouterai que ma formule pourrait se révéler également profitable pour les socialistes. Je crois que là aussi il y aura le trop-plein et non pas le vide. »

Une idée à laquelle se rallie Édouard Balladur en novembre 1994. Et pour cause : il s’agit de tuer dans l’œuf la candidature de Jacques Chirac, annoncée quelques jours plus tôt. « Les primaires, à l’origine, explique Dominique Reynié, répondent à la volonté de déborder par le peuple la bureaucratie du parti. Il s’agit d’empêcher la domination de la direction du parti sur le choix du candidat. Contrairement à ce que semble penser Xavier Bertrand, ce système ne représente pas la quintessence de la forme partisane, mais, au contraire, sa remise en cause. Le problème est qu’en 2016, les primaires n’ont pas été imaginées par une organisation innovante qui souhaitait inaugurer un nouveau cycle de vie, mais par un parti moribond qui cherchait là un moyen de survivre. »

« Les primaires, poursuit Dominique Reynié, donnent au candidat l’autorisation des électeurs : c’est puissant. Sans primaire, le premier tour de la présidentielle va arbitrer entre des candidats dépourvus de machine politique et inévitablement disperser les suffrages du centre droit et de la droite. C’est hasardeux. » Obsolète, vraiment ?

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