Alors que le dernier débat avant le premier tour se déroule ce jeudi, le nombre de votants obsède les candidats. Une faible mobilisation favoriserait Sarkozy.

Par ALAIN AUFFRAY

 

C’est une élection sans corps électoral. Un ovni politique. A trois jours de la primaire, l’incertitude est à son comble dans les états-majors des candidats. Tous se heurtent à cette incertitude : combien seront-ils? Ce jeudi soir sur France 2, le troisième débat entre les sept candidats sera précédé d’un mode d’emploi détaillé de la primaire. Une publicité destinée à mobiliser le maximum de votants. Près de 4 millions d’électeurs seraient déjà décidés. Selon la plupart des enquêtes, environ 9 % des sondés se déclarent «certains» de participer aux deux tours du scrutin les dimanches 20 et 27 novembre. Certains sondages sont montés à 12%, d’autres ne dé- passaient pas les 7%. Rapporté à l’ensemble du corps électoral français (45 millions d’inscrits), cela signifie que la participation pourrait varier entre 2,5 millions et 5 millions d’électeurs.

 

SCRUTIN A 2 BALLES

Personne ne conteste que cette question cruciale aura une influence décisive sur les résultats. Grâce à son «noyau» de soutiens indéfectibles, Sarkozy sera d’autant plus fort que la participation sera faible. A l’inverse de Juppé, imbattable en cas de participation massive. Le vote Fillon, lui, semble curieusement échapper à ces variations indexées sur le nombre d’électeurs.

On ne peut exclure que les électeurs qui se déclarent «certains d’aller voter» ne se déplaceront pas dimanche. C’est le pari du camp Sarkozy, qui mise sur une défection massive des électeurs éloignés des valeurs de la droite. En province, là où les gens se connaissent, les déçus du hollandisme courtisés par Juppé «n’oseront pas», espèrent les sarkozystes, franchir la porte d’un bureau tenu par des militants LR.

Qui sont les électeurs probables de cette primaire? La Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) et lifop ont établi qu’ils étaient très majoritairement des hommes (66 %) et des retraités (56%), issus, pour les deux tiers, de la France urbaine de province. La Fondapol s’est intéressée au degré d’information de ces Français «certains d’aller voter». Début novembre, 42% d’entre eux ignoraient encore les dates du scrutin. Et près de 20 % ne savaient pas qu’il leur faudrait payer 2 euros et signer une charte d’adhésion aux «valeurs républicaines de la droite et du centre».

L’incertitude est telle que les responsables des instituts de sondages ne se lassent pas de recommander, à l’image de Frédéric Dabi, directeur adjoint de lifop, «la plus grande prudence à ceux qui spéculent sur ce qui sortira des urnes». Mardi matin, sur RTL, Nicolas Sarkozy a estimé que «ce serait un grand succès» si 2,5 millions de personnes se déplaçaient dimanche. Ce qui permettrait d’égaler la mobilisation pour la «primaire citoyenne» de la gauche en 2011, considérée comme un grand succès. «Vous l’avez compris, plus il y aura de votants et plus j’aurai de chance», expliquait sans détour Juppé la veille, dans son discours prononcé au Zénith de Paris devant 6000 sympathisants. «Tout au long de la semaine, répétez sans cesse comment les choses vont se passer», avait-il insisté, invitant ses disciples à faire savoir urbi et orbi que chaque électeur doit chercher l’adresse de son bureau de vote sur le site de la primaire, se munir d’une pièce de 2 euros et signer la charte des valeurs républicaines.

LES RÈGLES DU JEU

Ce combat pour la mobilisation est aussi celui des deux instances organisatrices : la haute autorité indépendante, présidée par la juriste Anne Levade, et le comité d’organisation présidé par Thierry Solère. Un centre d’appel et plus de 200 opérateurs seront mobilisés en cette fin de semaine afin de répondre aux questions des électeurs. Sur le site de la primaire, 1,7 million de personnes se sont déjà connectées pour connaître l’adresse de leur bureau de vote. Ce chiffre risque d’exploser avec la massive campagne de pub qui accompagnera ce jeudi le dernier débat télévisé. Vendredi matin, les règles du jeu seront rappelées dans un encart publicitaire pleine page, réserve dans 62 titres de la presse quotidienne régionale.

N’est-ce pas prendre le risque d’être débordé par le succès? «Rien à craindre», assurent Levade et Solère. Pour les deux tours, ils ont prévus 10 millions de bulletins par candidats. Et un réassort en cas de participation supérieure à 5 millions. Ce qui ferait vraiment beaucoup.