La préfecture a interdit les drapeaux israéliens des fans du club de football Maccabi Haïfa qui affrontait jeudi Strasbourg. L’arrêté a finalement été annulé.

C’est un arrêté qui en dit long sur le renoncement des pouvoirs publics face aux fractures françaises. Afin d’éviter «des troubles graves à l’ordre public» en marge du match entre l’équipe de Strasbourg et celle du Maccabi Haïfa, programmé jeudi soir au stade de la Meinau, dans le cadre du deuxième tour préliminaire de la Ligue Europa, la préfecture du Bas-Rhin a interdit aux supporters du club israélien de circuler dans certains secteurs de la ville en affichant leurs couleurs. Avant de publier, dans la soirée, un second arrêté, «afin d’en clarifier l’interprétation», selon la préfecture. Au vu du tollé sur les réseaux sociaux, le passage prohibant «la possession de tout drapeau national» a été remplacé par l’interdiction «de tout emblème ou banderole n’ayant pas de lien avec la compétition».

Publié le 23 juillet, le premier arrêté interdisait «à toute personne se prévalant de la qualité de supporter du Maccabi Haïfa FC, ou se comportant comme tel, de circuler ou stationner sur la voie publique» dans certains secteurs de Strasbourg, tels que la gare et ses alentours, une partie du centre-ville et aux abords du stade. Le texte précisait également qu’au stade de la Meinau, le nombre de supporters du Maccabi Haïfa était limité à 600, ces derniers devant se présenter au guichet «visiteurs», «sans signe ostentatoire, dès leur arrivée sur les lieux».

Pourquoi une telle décision? Mercredi soir, trois supporters du Maccabi Haïfa avaient été agressés verbalement par plusieurs individus. Selon la préfecture, «des contacts (avaient) été établis entre supporters violents des deux équipes, dont certains sont politisés ou identifiés comme étant à l’origine de manifestations d’antisémitisme». Ces supporters soupçonnés d’antisémitisme, eux, n’ont pas été inquiétés… «Cet arrêté préfectoral donne le sentiment qu’au lieu de protéger l’ensemble des spectateurs et supporters, le préfet du Bas-Rhin cède aux intimidations de groupuscules appelant à la violence et fait le choix de rendre invisibles les éventuelles victimes d’agressions antisémites ou anti-israéliennes», s’est offusqué Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).

«Alors que les manifestations appelant à boycotter #Israël sont autorisées au nom de la liberté d’expression, les autorités interdisent aux supporters du Maccabi Haïfa FC d’afficher notre drapeau national, a tweeté l’ambassadeur d’Israël en France Aliza Bin Noun. Un 2 poids 2 mesures inacceptable». Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) rappelle qu’«il y a quelques jours, à Strasbourg comme dans tout le pays, des supporters algériens ont manifesté leur fidélité à l’Algérie avec tous les sigles et bannières de l’Algérie et causé de nombreux incidents sans encourir la moindre interdiction». Et de s’indigner: «Cet arrêté, c’est comme si on fermait les synagogues parce que leur présence énerve certains.»

«Le pire a eu lieu»

Pour le directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, Dominique Reynié, si l’arrêté a été annulé, «le pire a eu lieu». «Cet arrêté préfectoral a une valeur historique, insiste-t-il. C’est une décision désastreuse car elle acte l’incapacité de la force publique à protéger nos compatriotes juifs. On leur demande de dissimuler leur judaïsme! Et on identifie même les quartiers où on peut se faire agresser si on est juif! C’est une déclaration d’impuissance et de défaite de l’État face à des groupes qu’il sait animés par des idées antisémites et qu’il sait localiser, comme en témoigne le texte. Par cet aveu, il favorise inévitablement l’expression de cet antisémitisme.»

À la préfecture, on répond que «les arrêtés pris pour la sécurisation des matchs nationaux “à risques” comportent toujours une limitation du nombre de supporters et une limitation des signes distinctifs des équipes dans le centre-ville». Et qu’étaient en fait interdits «les seuls emblèmes n’ayant pas de lien avec les équipes en compétition». Aucun incident n’a été déploré avant, pendant ni après la rencontre, remportée par le Racing Club de Strasbourg (3-1).