Les chefs de l’Etat pourraient désormais devoir renoncer à se représenter pour éviter une défaite cuisante et des conséquences lourdes à leur parti, explique l’universitaire Dominique Reynié, pour qui ce départ conjugué avec celui de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé marque un renouvellement de la classe politique.

 

Depuis 1981, les majorités sortantes sont défaites lors des élections générales. Il n’y a, à ce jour, qu’une exception, en 2007, lorsque Nicolas Sarkozy succède à Jacques Chirac. On s’en souvient, c’est bien avant le terme de son quinquennat que la réélection de Nicolas Sarkozy semblait compromise.

Les sondages qui promettaient sa défaite ne se sont pas trompés : candidat, le président sortant fut battu. La décision de François Hollande, qui témoigne aussi du crédit accordé aux sondages, procède d’une situation inextricable dans laquelle le président s’est lui-même placé, tout particulièrement en liant sa candidature à une primaire de parti.

 

L’insatisfaction nourrit l’alternance

L’épreuve était évidemment impossible. Participer comme président à la sélection du candidat par le parti revenait à accepter d’être démis de ses fonctions quelques semaines avant d’affronter l’élection visant précisément à les conserver. L’idée de ne pas prendre part à la primaire impliquait de perdre le soutien du Parti socialiste. La primaire socialiste a permis à François Hollande de devenir président de la République en 2012 avant de rendre impossible sa réélection en 2017.

Dans son allocution, M. Hollande a tenté d’esquisser un premier bilan de son quinquennat. L’exercice, par nature contestable, semblait d’autant plus laborieux que la raison d’une telle décision ne pouvait être qu’une succession d’erreurs et d’échecs. La loi de fait du vote sanction est plus cruelle encore.

Jusqu’ici renvoyé au terme de son mandat, le président est désormais rejeté pendant son mandat. La décision de son retrait doit aussi à la triste antienne de l’insatisfaction publique. L’incessante mesure de la popularité, éphémère ou introuvable mais requise de fait, agit comme un travail de sape.

L’insatisfaction nourrit l’alternance. Au fil du temps, l’alternance épuise le crédit des partis de gouvernement, puis le crédit de l’alternance même. C’est ainsi que les populistes prospèrent, réduisant d’autant l’espace électoral des principaux partis et de leurs candidats. De sévère, le vote sanction devient brutal.

 

Imprévisibilité du moment

L’ombre du « 21 avril » se voyait presque sur le visage de François Hollande. Candidat en 2017, sa défaite aurait été d’une tout autre nature que celle de Nicolas Sarkozy en 2012. Exclu du second tour, voire distancé par Jean-Luc Mélenchon, il entraînait dans sa chute tout le Parti socialiste. Son retrait arrête le processus de délitement. Le retrait sauve une part ultime d’autorité. Une nouvelle règle vient peut-être de voir le jour. Demain, les président(e)s pourraient devoir renoncer à se représenter pour éviter une défaite certaine, ou cuisante, ou dont les conséquences seraient trop lourdes pour leur famille politique.

Nous n’avions jamais vu un président renoncer à se représenter au terme de son premier mandat, illustration supplémentaire de l’imprévisibilité du moment. Les scrutins inattendus se multiplient, le Brexit au Royaume-Uni, l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis ou très récemment l’élection de François Fillon lors de la primaire de la droite et du centre. L’élection présidentielle de 2017 doit être repensée.

Le retrait de François Hollande redistribue évidemment les cartes, d’abord à gauche. La primaire n’aura pas l’intensité que lui promettait la mise au pilori du président en exercice. La motivation que représentait un vote contre le président sortant s’est évanouie. Parmi les électeurs du Parti socialiste, et ses nombreux déçus du hollandisme, combien désormais vont s’intéresser à une primaire qui n’a plus pour objet de dissuader le président sortant de se représenter ? Déjà installée, la candidature d’Emmanuel Macron pourrait prospérer. Jusqu’à la fin janvier, ses concurrents de gauche s’opposeront entre eux dans la compétition interne organisée par le PS.

 

Candidats populistes

Enfin, le retrait de François Hollande doit être rapproché de l’élimination de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy et de l’ancien premier ministre Alain Juppé. En dix jours, le départ de trois figures familières de notre vie politique nationale marque un renouvellement de la classe politique.

Cette impression pèsera sur les candidatures et sur les résultats. Ainsi, dans un tel contexte, une quatrième candidature de François Bayrou pourrait sembler à contre-courant. La question se pose de savoir si François Fillon ou Manuel Valls seront regardés plutôt comme des nouveaux candidats ou plutôt comme d’anciens premiers ministres.

Les électeurs relèveront d’autant plus le caractère répétitif d’une candidature que les nouveaux seront plus nombreux. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen concourent pour la deuxième fois, mais le bulletin « Le Pen » sera présent pour la septième fois, quasiment sans interruption depuis 1974 !

Hier, la permanence des candidatures favorisait la dénonciation démagogique des « professionnels de la politique » ou des « représentants du système ». En 2017, les candidats déjà vus seront les populistes.

 

Dominique Reynié (Professeur des universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique)