Selon une étude de la Fondation pour l’innovation politique que nous dévoilons, « la perception de la situation des Français par rapport au système des retraites est désastreuse ». C’est dire combien le gouvernement est attendu sur la future réforme.

Voilà qui devrait remettre les pendules à l’heure. Que pensent les Français du système des retraites ? Plus beaucoup de bien. Et qu’attendent-ils de la future réforme du gouvernement ? Énormément… malgré leur pessimisme. Et surtout d’avoir des revenus leur permettant de vivre décemment leur retraite.

Loin d’enfoncer des portes ouvertes, l’enquête menée par Fondapol (Fondation pour l’innovation politique) et réalisée par l’Ifop (auprès d’un échantillon représentatif de 3 001 personnes) sur l’opinion des Français que nous publions en exclusivité met le doigt là où sont les attentes.

«Fragile», «inégalitaire», «désavantageux»

Fini l’idéalisation du système actuel des retraites, le modèle de répartition à la française hérité de l’après-guerre est désormais exposé au vent des critiques. Sept Français sur dix (72 %) se disent aujourd’hui insatisfaits et affirment haut et fort qu’il n’a plus les qualités vantées depuis sa création.

« La perception de la situation des Français par rapport au système des retraites est désastreuse », décrypte Dominique Reynié auteur de cette étude et directeur général de Fondapol. La très grande majorité des personnes interrogées considèrent que le système est fragile (90 %), risque de disparaître (85 %), inégalitaire (85 %), compliqué (84 %), désavantageux pour les retraités (81 %)…

Des chiffres sans appel, à l’unisson dans les rangs des actifs et ceux des retraités interrogés dans cette étude. Et plus les revenus des actifs interrogés sont faibles, plus ils sont mécontents. « Il y a près de 17 millions de retraités en France. Il y a dix ans, ils étaient 15,6 millions. Dans la société française, leur poids politique augmente considérablement : eux-mêmes ont largement le sentiment que leur situation est insatisfaisante, à tort ou à raison », analyse Dominique Reynié.

Des régimes spéciaux jugés injustifiés

La complexité du système actuel alimente clairement le sentiment d’injustice. L’existence de divers régimes de retraites, comme les régimes spéciaux, n’est plus aujourd’hui considérée comme justifiée. « L’une des surprises de cette enquête est que ce constat est partagé, c’est très net. Il y a le sentiment que des groupes sont clairement favorisés comme les salariés des entreprises publiques, les fonctionnaires, mais aussi les cadres du privé », poursuit l’auteur.

Oubliés les points de vue corporatistes. La situation est inédite. Que l’on soit fonctionnaire, agent de la RATP ou de la SNCF… tout le monde estime que les petits patrons sont défavorisés, ainsi que les commerçants, les artisans, les salariés du privé ou les agriculteurs. C’est toute une société qui est regardée comme étant mal traitée par le système.

Autre surprise, l’appartenance politique n’y change rien : « J’ai été frappé par l’absence de soutien politique aux aspects inégalitaires du système. La gauche, comme l’extrême gauche ne défendent plus ces régimes contestés », note Dominique Reynié.

Une forte attente sur les revenus

Et pour l’avenir, qu’est-ce que les Français espèrent d’une nouvelle réforme ? Actifs comme retraités défendent majoritairement le système par répartition auxquels ils restent attachés mais sans se faire beaucoup d’illusions. « Ils sont profondément pessimistes, c’est frappant. En termes de revenus, ils s’attendent à une paupérisation croissante. Tous disent : on vivra moins bien, nos enfants vivront moins bien, nos petits enfants moins bien encore », analyse le directeur général de Fondapol.

C’est particulièrement criant chez les femmes : 80 % d’entre elles disent que le montant de leur retraite ne leur permettra pas de vivre de manière satisfaisante.

Des conclusions qui pourraient rebattre complètement les cartes de la discussion. Est-ce qu’on continue avec ce modèle, ou est-ce qu’on en change ? « Cette enquête montre qu’il y a des valeurs à restaurer, une demande de clarté, de justice et de revenus. Les trois sont très liés. Mais la future réforme des retraites sera aussi jugée à l’aune du niveau de vie que les Français pourront espérer avoir quand ils seront à la retraite », conclut l’auteur de l’étude.

Un défi qui s’annonce donc périlleux pour le gouvernement soucieux de mener sa réforme à budget constant…