Proche de Bruno Le Maire, l’ex-secrétaire nationale des Républicains appelle les progressistes à s’engager lors des élections européennes.

On a déjà épuisé tous les arguments en faveur de l’Europe. On a déjà redit le poids de l’Histoire et ravivé le spectre de la guerre, plaidé pour la stabilité économique et l’élargissement des marchés. En face, les eurosceptiques répètent ses faillites : la règle d’or des déficits, l’incapacité à mettre fin au dumping fiscal, le raz-de-marée réglementaire qui déferle aveuglément sur notre économie…

Nous sommes arrivés à un moment de la construction européenne où on ne peut plus espérer convaincre les uns avec les arguments des autres. Les pays européens ne souffrent ni d’euroscepticisme, ni d’europtimisme. Ils souffrent de paralysie et de bégaiement idéologique. Nous sommes arrivés à un moment où il nous faut choisir entre ceux qui croient viscéralement, au-delà des chiffres et des résistances du réel, à l’idée d’Europe et ceux qui veulent la disloquer. Je crois à l’Europe. J’y crois depuis que mon père, ancien harki, nous a emmenés vivre en Allemagne pendant plusieurs années. J’y crois depuis mon année en Erasmus à Swansea, avec cette idée d’une méritocratie européenne. J’y crois depuis que je l’ai parcouru pour lever des fonds et créer l’une des toutes premières start-up sur l’environnement.

Les signaux d’alerte se multiplient. Il y a eu le Brexit. Les populismes gagnent du terrain partout. S’y ajoute la crise des migrants, qui enferme le contrat humaniste européen dans un silence étourdissant. Face à ces grands défis, une voix forte est plus que jamais nécessaire.

Le temps des progressistes est venu. Croyons à l’Europe ! Après, il n’y aura plus personne pour dire quelque chose, selon les mots du pasteur Martin Niemöller. Si les progressistes veulent défendre l’Europe comme une terre de liberté de mouvement, d’entreprendre et d’étudier, c’est maintenant. Si les progressistes ont à cœur de porter le modèle européen comme un territoire inédit de droit et de justice pour tous, c’est maintenant. Si les progressistes français croient encore à l’exception française, à son rôle de précurseur en matière de droits et de libertés, c’est le moment de parler.

Acte de foi. Lors du débat présidentiel, Emmanuel Macron avait surpris avec son « oui » à l’Europe. Les élections européennes doivent être l’occasion d’un acte de foi pro-européen. Et comme tout acte de foi, il doit être sincère et entier, l’enjeu est qu’il ne soit pas isolé.

Parce que je crois à une Europe du progrès social, économique et humain. Je crois à une Europe qui laisse au XXe siècle les débats du XXe siècle. Nous sommes dans un nouveau monde, qui doit faire levier sur les nouvelles énergies et technologies pour rafraîchir la promesse sociale et démocratique car on ne peut pas se résoudre aux inégalités, aux fractures médicales, sociales et numériques. L’Europe est trop petite pour que l’on se la dispute, trop précieuse pour qu’on la laisse aux nationalistes, trop prometteuse pour qu’on la laisse en jachère.

Il ne s’agit pas d’une foi sans questionnement. L’austérité économique doit être débattue. Une réforme institutionnelle est nécessaire pour faire émerger un processus de décision plus transparent. Mais on ne peut soigner l’Union européenne que si elle est encore en vie. Pour agir, il ne faut pas se laisser paralyser en listant des « contre », ni attendre que l’Histoire émette des regrets. Pour agir, il faut croire et s’engager. Peut-être qu’aux yeux de certains, cela défie toute rationalité. Mais à Descartes, je préfère Edmond Rostand : « C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière ».

Salima Saa est membre du conseil de surveillance de la Fondapol.