Par Philippe Rioux

Cinq des principaux candidats à l’élection présidentielle ont passé hier un «grand oral» à Paris lors d’un événement organisé par la Mutualité française et trois groupes de réflexion. A deux mois de l’élection, 72 % des Français estiment qu’on ne parle pas assez de la santé.

Revenir au fond et au débat d’idées. A deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, tel était hier l’objectif de la Mutualité française et de trois groupes de réflexion (les think tanks Fondapol, Fondation Jean-Jaurès et Terra Nova) qui organisaient un «grand oral» pour cinq des principaux candidats à la magistrature suprême (Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan, Benoît Hamon, Yannick Jadot et François Fillon) sur le thème de la santé. Un thème qui constitue d’ailleurs la première préoccupation des Français selon le sondage Harris Interactive dévoilé hier. «72% des Français estiment que les candidats ne parlent pas assez de santé et que les propositions de ces derniers ne répondent pas à leurs préoccupations personnelles. Pour eux, les deux enjeux clés de cette campagne en matière de santé sont le financement de la protection sociale et l’accès aux soins pour tous», explique Harris Interactive, qui note que «plus de 6 Français sur 10 considèrent que le système de santé de leur pays fonctionne bien (61 %), mais plus des deux tiers d’entre eux se montrent pessimistes pour l’avenir de celui-ci (68 %).»

Le sondage complète ainsi les témoignages recueillis par la Mutualité française depuis le 1er décembre dernier, date à laquelle elle a lancé la plateforme placedelasante.fr, un site participatif d’échanges et de débats ouvert à tous. «Si les candidats parlent de la santé de la Sécurité sociale, ils devraient aussi s’intéresser à la santé des Français. Ce qui inquiète nos concitoyens, ce sont leurs restes à charge, leur besoin d’être accompagnés pour accéder à des soins de qualité, le risque de ne pas bénéficier de la bonne prise en charge au bon moment, quel que soit l’endroit où ils vivent», estime Thierry Beaudet, président de la Mutualité française.

C’est donc peu dire que les cinq candidats qui ont passé le grand oral hier – et ceux qui ont envoyé leurs propositions préalablement – étaient attendus sur ces questions : reste à charge, déserts médicaux, généralisation du tiers payant, etc.

 

Critiques sur le nouveau plan Fillon

Et le plus attendu était, d’évidence, François Fillon. Avant que sa campagne ne soit bousculée par le scandale Penelope, le candidat de la droite avait débuté son parcours de candidat avec des propositions chocs en matière de santé : les petits risques couverts par les mutuelles et les assurances privées ; les gros risques seuls couverts par l’Assurance maladie. Accusé d’avoir voulu privatiser la santé – plus encore depuis que l’on a su que sa société 2F Conseil avait un temps été rémunérée par AXA dont l’ex-PDG est son ami – François Fillon s’est vu contraint de réécrire son projet. Déplorant avoir été «caricaturé», François Fillon a présenté hier son plan santé «rebâti, enrichi, amélioré» qui, selon lui, conserve l’objectif de «ramener l’assurance maladie à l’équilibre d’ici à 2022 en faisant 20 milliards d’économie sur cinq ans».

Pour la ministre de la Santé Marisol Touraine – qui avait été la première à dénoncer le coût des mesures de François Fillon pour les ménages – le compte n’y est pas. «Le flou jeté sur la peinture ne masque en rien le tableau d’ensemble. L’objectif reste le même : dérembourser», a tweeté hier matin Mme Touraine, qui accuse également le candidat de la droite de vouloir réaliser 20 milliards d’économies par «un transfert de la sécu au privé». «Il y avait Fillon 1 : je dérembourse ; il y a maintenant Fillon 2 : je rembourse à 100 % les lunettes, les prothèses auditives et dentaires», a raillé hier Benoît Hamon, candidat du PS. Idem pour Emmanuel Macron, le premier à avoir proposé la prise en charge à 100 % des prothèses auditives, optiques et dentaires, qui a lâché «Parfois on dit que vous n’avez pas de programme mais on peut le recopier»…