Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’Innovation, invité de franceinfo le 13 novembre.

La Fondation pour l’innovation politique (Fondapol, un laboratoire d’idées français d’inspiration « libérale, progressiste et européen ») a réalisé une étude sur les attentats islamistes commis entre fin 1979 et fin août 2019. Le but était de quantifier et de localiser ces phénomènes pour mieux les comprendre. L’un des constats est que la France « est clairement le pays d’Europe le plus touché », a expliqué mercredi 13 novembre sur franceinfo Dominique Reynié, le directeur général de la Fondation pour l’Innovation.

franceinfo : Pourquoi avoir fait cette étude ?

Dominique Reynié : C’est une réalité dont on devine l’importance sans être en mesure de la documenter. Il y a des sources éparses, très incomplètes, esquissées pour une année ou un mouvement, mais jamais il n’avait été fait cet effort, et je comprends pourquoi maintenant, de les réunir dans une base commune documentée. C’était pour faire apparaître quelques faits, des vérités historiques et documenter, aussi précisément que possible, ce dont nous pouvons dire que nous sommes sûrs, s’agissant du terrorisme islamiste.

En 40 ans, le terrorisme islamiste représente 33 769 attentats sur la planète, 167 096 morts, dont la majorité des victimes sont des musulmans.

Ce sont très largement des musulmans qui périssent dans ces attentats qui ont lieu pour la plupart dans des pays musulmans. C’est une violence qui a peu à peu progressé, qui s’est installée. Depuis 1979, on a une apparition de ce terrorisme, puis un déploiement. Il atteint une très grande intensité dans la période 2013-2019.

Pourquoi avoir choisi 1979 comme date de début ?

C’est une date retenue par les spécialistes du monde arabo-musulman et du terrorisme parce qu’il y a eu l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS, la révolution iranienne, la prise d’otages à la grande mosquée de La Mecque, les accords de camp David. Il y a toute une série d’évènements qui transforment en profondeur le monde arabo-musulman et font démarrer, à la fois une islamisation des problèmes dans le monde arabo-musulman, et une jihadisation de cette islamisation.

2001 est pour vous une vraie rupture ?

C’est un tournant parce que c’est la série d’attentats la plus dure dans l’histoire du terrorisme connu, plus de 3 000 morts, plus de 16 000 blessés. Il y a à la fois le signal d’une extension et d’une globalisation, et aussi l’incorporation du terrorisme jihadiste dans le réseau numérique. C’est un aspect important de voir comment pour recruter, pour la propagande, pour médiatiser, organiser, le numérique est un des facteurs de globalisation et d’intensification de cette violence.

En Europe, la France est-elle la plus touchée depuis 40 ans ?

Oui, c’est clairement le pays d’Europe le plus touché avec 71 attaques, 42 ont eu lieu entre 2013 et 2019. Pratiquement la moitié de ces attaques en France, depuis 2013, sont le fait de l’État islamique. Bien sûr, au cœur de ce moment-là, on a le 13-Novembre 2015 qui est un moment particulièrement dramatique et violent. Je crois que l’on peut dire que la France paie sa capacité à intervenir dans le monde. Il n’y a pas beaucoup de démocraties qui ont une capacité à intervenir dans le monde pour essayer de dénouer des conflits. Il y aussi un lien compliqué avec l’Histoire française et son passé colonial qui, dans certains pays comme l’Algérie, a pu favoriser un terreau de violence. La France est aussi un pays clé de l’espace européen qui détient aussi une double communauté importante. Une communauté musulmane nombreuse et une communauté juive également nombreuse, d’où une importation du conflit israélo-palestinien.

Emmanuel Macron a appelé à bâtir une société de vigilance pour éradiquer l’hydre islamiste. Est-ce que cela participe à la dérive ?

Cela pose une question très pertinente. Avons-nous la capacité de monter encore le niveau de surveillance policière du point de vue de l’État de droit ? Que serait notre société si nous augmentions encore la surveillance policière, les écoutes téléphoniques, les filatures… ? Est-ce qu’une des solutions n’est pas plus de solidarité entre citoyens pour se prémunir mutuellement d’un danger ? C’est un peu le choix entre la solidarité et l’État policier.