Google aura décidément été en première ligne pendant la révolution égyptienne. Après la mise en place de son outil dit « speak-to-tweet » qui a permis à des microbloggeurs égyptiens de poster des messages sur Twitter via une boîte vocale alors que le gouvernement avait coupé l’accès à Internet, la firme californienne se trouve maintenant au cœur des projets de renouveau du pays.

Les Egyptiens ont lancé sur l’outil Google Moderator un forum « Egypt 2.0 » qui permet à chaque internaute de soumettre des idées, commenter les idées des autres, et surtout voter pour les plus populaires. La simplicité de l’outil n’est sans doute pas pour rien dans son succès : il devient extrêmement facile de mesurer la popularité d’une proposition de réforme des structures économiques et politiques du pays. Selon le site d’information 01netPro, plus d’un million de votes ont déjà été enregistrés de la part de 40 000 internautes ; mais Egypt 2.0 reste encore en-deçà du grand succès qu’a rencontré l’utilisation de Google Moderator par la Maison Blanche à la suite de l’arrivée d’Obama au pouvoir en 2009, lorsque le site avait reçu 93 000 visiteurs et plus de 3 millions de votes en 48 heures…

Il ne fait d’ores et déjà aucun doute que, face aux contestations qui secouent le monde arabe, la « diplomatie Google » se révèle particulièrement payante. L’agence Reuters souligne que même si le moteur de recherche ne s’est pas explicitement déclaré en faveur des soulèvements populaires, les Egyptiens n’oublieront pas de sitôt Wael Gonim, manager égyptien de Google et un des leaders de la place Tahrir (Reuters). Pourtant, l’entreprise n’a pas toujours été aussi fervente défenseure des libertés : après des années passées à se plier aux demandes de restrictions du gouvernement chinois, ce n’est qu’en 2010 que Google s’est partiellement retiré du territoire chinois, repliant ses activités à Hong Kong pour bénéficier d’une plus grande marge de manœuvre.

Google se présente désormais comme l’un des hérauts de la liberté, si ce n’est politique, au moins économique, et profite largement de son buzz moyen-oriental, en organisant dans quelques semaines des ateliers de formation en Arabie Saoudite. Objectif : « présenter les produits Google qui permettent des innovations technologiques et stratégiques partout dans le monde, et au Moyen-Orient ». Vont-ils parler de Google Moderator ?