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Atlantico : « Borloo 2012 = Bayrou 2007 ? » par David Valence

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Interview de David Valence, responsable du Blog Trop Libre

Atlantico : Que pensez-vous du discours de ce dimanche de Jean-Louis Borloo, à l’occasion du congrès du parti radical ?

David Valence : Jean-Louis Borloo ne se situe pas dans l’opposition à Nicolas Sarkozy. Il dit assumer une large part de l’action conduite depuis 2007. Il rassure même le président de la République en affirmant son souci de rester dans la majorité. Sa démarche diffère sensiblement de celle d’un François Bayrou.

En réalité, les radicaux ont surtout constaté, ce week-end, l’échec du projet d’un grand parti qui rassemble la droite et le centre-droit. Et donc l’échec de l’UMP. Jean-Louis Borloo l’a regretté très nettement dès ce samedi : « entre son aile modérée et son aile la plus à droite, l’UMP a choisi ». Faute de pouvoir se faire entendre au sein de l’UMP et plus largement de la majorité, le Parti radical, la Gauche moderne et le Nouveau Centre étaient contraints de se rapprocher pour peser.

La popularité de Jean-Louis Borloo leur en offre le moyen dans la perspective d’une présidentielle. Dans le discours prononcé ce dimanche, Borloo a laissé entendre assez clairement qu’il était tenté d’y aller.

Pensez-vous qu’il sera candidat à l’élection présidentielle ?

Je ne suis pas Madame Soleil ! Mais je pense que ses amis exercent sur lui une pression très forte en ce sens.

L’éventualité d’une candidature de Borloo répond à une vraie demande de l’électorat modéré.

De nombreux électeurs de droite sont aujourd’hui très critiques vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Ils souhaitent « avoir le choix » entre plusieurs candidats au 1er tour de la présidentielle. L’attitude de cet électorat est une des clefs de 2012. Il s’est souvent abstenu aux élections régionales et cantonales et semblait prêt à voter pour Dominique Strauss-Kahn s’il avait été le candidat socialiste. Là se situe l’espace politique de Borloo. Plus près de 8 à 9% que de 12 à 13% a priori.

Pour autant, sa candidature éventuelle soulèverait deux problèmes.

Les sondages, d’abord. S’ils restaient ce qu’ils sont, il y aurait un vrai risque d’élimination de Nicolas Sarkozy au 1er tour. En ce cas, beaucoup chercheraient à dissuader Borloo de se présenter. Et ce dernier y réfléchirait sans doute à deux fois avant de jouer pour Sarkozy en 2012 le même rôle que Chevènement pour Jospin en 2002.

En outre, Borloo est peu identifié aux combats du centrisme, qui sont souvent ceux de la démocratie chrétienne : pour l’Europe, pour le scrutin proportionnel et pour l’équilibre des finances publiques. Il est plutôt considéré par l’opinion publique comme un homme « à part », original, un ministre à la fois inventif et dépensier. Son électorat potentiel se situe moins dans les terres centristes de l’Ouest, de l’Est et du sud du Massif Central que dans les grandes villes.

Pensez-vous que sa non-nomination au poste de Premier ministre, qui avait été un temps évoquée, puisse jouer dans sa décision de se présenter ?

Borloo a répété, samedi, qu’il souhaitait que l’UMP manifeste plus de « respect » vis-à-vis des modérés. On peut voir dans cette déclaration un aveu implicite.

L’humiliation est un ressort psychologique qui a son importance en politique, comme la déception. C’est vrai de Jean-Louis Borloo comme de beaucoup de ceux qui soutiennent sa démarche aujourd’hui.

Jean-Louis Borloo espérait obtenir Matignon à l’automne 2010. Il considère peut-être qu’il en a été empêché par une partie de la majorité. Les anciens RPR se seraient mobilisés pour faire barrage à sa nomination. Son sentiment rejoint celui des anciens UDF qui ont parfois eu le sentiment de se « faire avoir » au sein de l’UMP et plus largement dans la majorité depuis 2007.


D’une façon plus générale, où en est le centre aujourd’hui ?

La notion de centre est aujourd’hui ambigüe car on confond deux projets différents :

– Le projet qu’incarne Jean-Louis Borloo a pour but d’équilibrer la majorité. Il s’agit de constituer une autre force de droite en rassemblant les modérés de la majorité actuelle. Soit une formation de centre-droit, et non un parti « central » au sens propre.

– Le projet de François Bayrou était et est très différent. Dans la continuité de ce qu’il avait essayé de faire en 2007, Bayrou prétend faire émerger un centre autonome entre la gauche et la droite. Mais en 2007, il avait bénéficié de soutiens qui étaient des adhésions négatives, des votes de rejet de Ségolène Royal et, dans une moindre mesure, de Nicolas Sarkozy. Son rêve d’un « ni droite, ni gauche » apparaît aujourd’hui comme utopique à beaucoup.


François Bayrou, justement, est-il mort politiquement ?

Qu’il soit marginalisé est incontestable. Il ne peut guère compter que sur lui-même aujourd’hui, faute de soutiens politiques de poids. Mais il croit en lui et veut être candidat. Il en a le ferme désir : c’est beaucoup en politique. Au surplus, le réseau d’élus locaux du Modem reste assez dense pour lui fournir les 500 signatures indispensables.

Bayrou est dans la posture du desperado : il n’a rien à gagner avant 2012. Pour négocier un retour dans le giron de la droite après 2012 ou autre chose avec la gauche en cas d’alternance, il doit montrer qu’il « pèse » encore quelque chose. Même avec 5 ou 6% en 2012, il pourra en revanche se replacer. Il a donc tout intérêt à aller jusqu’au bout, sauf sondages vraiment catastrophiques, le donnant à moins de 5%.

Quoi qu’il en soit, Bayrou reste donc une épine plantée dans le talon de ceux qui essaient de rassembler les modérés de droite aujourd’hui. Même si leurs projets différent, il peut gêner considérablement Jean-Louis Borloo dans la perspective de 2012. Les soutiens de Borloo vont tout faire, dans les semaines qui viennent, pour dissuader Bayrou de se présenter.

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