Article paru dans Atlantico, le 2 janvier 2013.

La compétitivité de l’industrie française passe au moins autant par la qualité des outils de production, leur modernité et leur degré d’automatisation, que par la réduction du coût du travail, solution pourtant constamment évoquée dans le cadre des débats sur la compétitivité.

Les robots industriels, version évoluée des machines outils, présentent un double avantage en terme de compétitivité prix, en produisant plus pour un plus faible coût de revient, et, hors prix, en améliorant la qualité des produits. Dans l’industrie agro-alimentaire, par exemple, qui est très sensible à la qualité des produits, les robots jouent un rôle crucial dans les phases d’emballage et on peut observer que l’industrie agro-alimentaire allemande qui a rattrapé son homologue française en terme de chiffre d’affaires ces dernières années s’est équipée de deux fois et demi plus de robots.

La France possède un parc de robots industriels indigne de son industrie et qui subit depuis une dizaine d’années une dégradation rapide. En 2011 la France ne comptait que 34.500 robots, contre 62.300 en Italie et 157.200 en Allemagne et 29.900 en Espagne. L’écart avec nos concurrents européens s’accroît, seulement 3.050 robots ont été installés en France en 2011 quand l’Allemagne en ajoutait six fois plus (19.500) et l’Italie 5.100. Même l’Espagne, en crise, a installé plus de robots que la France (3.091 contre 3.058). Le parc français est également très âgé, 50% de plus que celui des industriels allemands.

Cette robotisation, véritable révolution industrielle en puissance, ne concerne d’ailleurs pas que les pays riches, puisqu’en 2012, la Thaïlande devrait installer 25% de robots industriels en plus que la France, alors que la production manufacturière y est deux fois et demi plus faible. La Chine, confrontée à une hausse de ses coûts salariaux, a aussi entrepris une grande mutation de son outil industriel en faisant émerger des champions nationaux de la robotique et en aidant les entreprises à s’équiper. En 2015, le pays devrait être le premier installateur de robots industriels en ayant rattrapé le Japon.

Contrairement à l’image parfois véhiculée, les robots sont bons pour l’emploi car ils permettent de préserver la compétitivité des sites industriels français et aident à la conquête de nouveaux marchés. D’ailleurs, leur recul dans la dernière décennie n’a pas montré de conséquences positives sur l’emploi industriel, qui a perdu 800.000 postes sur la même période. Il existe ainsi un lien très fort entre le degré de robotisation et le maintien (comme au Japon ou en Allemagne) ou la renaissance (comme au Royaume-Uni) d’une industrie automobile puissante.

Selon nos calculs à la Fondapol, un plan de robotisation accélérée sur cinq ans avec le rétablissement d’une filière nationale de production permettrait d’ajouter jusqu’à 0,3% de croissance annuelle du PIB. Pour cela, il faut d’urgence lancer une concertation nationale autour du financement des investissements industriels et mettre en place le livret industrie, promesse de campagne du président Hollande, pour diriger l’épargne des Français en direction des investissements productifs et notamment des équipements de robotisation.