Retrouvez la vidéo du débat organisé par la Fondation pour l’innovation politique, mardi 20 novembre autour de la philanthropie avec Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique  avec Sandrine L’Herminier, auteur de L’espoir philanthropique, conseil RSE et philanthropie, Virginie Seghers, consultante et spécialiste de la philanthropie et de l’entreprenariat social et Francis Charhon, président du Centre Français des Fonds et Fondations, directeur général de la Fondation de France et auteur de la note Fondapol La philanthropie. Des entrepreneurs de solidarité.



Débat autour de L'espoir philanthropique de… par fondapol

Un projet collectif de générosité

Générosité, don, engagement, intérêt général… Voilà les termes généralement associés à la philanthropie. En présence de Francis Charhon (La philanthropie. Des entrepreneurs de solidarité, publié par la Fondapol), de Sandrine L’Herminier (L’espoir philanthropique, éditions Lignes de repères), et de Virginie Seghers (La nouvelle philanthropie, éditions Autrement), Dominique Reynié est revenu sur cette pratique qui, selon ses propres termes, contribue à « donner une image plus lumineuse de la société ».

Si les motivations des philanthropes sont diverses (Sandrine L’Herminier souligne qu’on vient souvent à la philanthropie pour des raisons d’ordre privé, parce qu’une situation nous a touchés), elles sont souvent mal interprétées par le grand public. En réalité, loin d’être un moyen d’échapper à l’impôt, les déductions fiscales qui accompagnent le don permettent au contribuable de « flécher » une partie de l’impôt, de « recycler » (selon les termes de l’auteure) une partie de notre richesse au profit du bien commun.

Virginie Seghers a quant à elle rappelé lors que débat que le terme « philanthropie » venait du grec et désignait « l’amour du genre humain ». Il s’agit donc d’un acte profondément laïc se distinguant de la charité, ou, pour reprendre l’expression de René Rémond, d’un acte qui consacre le divorce du moral avec le religieux. D’après Francis Charhon, président du centre français des Fonds et Fondations et Directeur général de la Fondation de France, les philanthropes sont des générateurs d’espoir et de lien social, animés par une « conviction profonde, ancrés dans une volonté de rendre ».

Des profils divers parmi les donateurs

Il existe deux catégories de donateurs : ceux qui réalisent ponctuellement un acte de contribution généreuse (la fondation ARC contre le cancer récolte un don moyen de 50 euros), et ceux qui s’inscrivent dans un projet construit à long terme. Les types de dons sont également multiples : argent, matériel (mécénat de compétence), voir temps. Il est possible de parler de micro-don, d’investissement social, ou encore de venture philanthropy. La philanthropie est donc loin d’être monolithique : chacun, peut, selon ses moyens, contribuer à l’amélioration du collectif. Des outils comme le Fonds de dotation ont par exemple profondément contribué à sa démocratisation, en permettant de créer son fonds en quelques clics et avec quelques milliers d’euros seulement. Virginie Seghers souligne d’ailleurs que dans la nouvelle génération de philanthropes, il n’y a plus qu’un tiers de riches héritiers (même si la notion de transmission d’un patrimoine destiné à nourrir une cause subsiste, puisque beaucoup de philanthropes essayent d’impliquer leurs enfants dans leurs travaux). Souvent plus jeunes, ces nouveaux philanthropes sont aussi plus pressés d’avoir un impact sur la Société, et se montrent très soucieux d’efficacité. Concrètement, cela se traduit par une recherche incessante d’indicateurs de sélection de projets, voire pour certains par l’emploi de l’expression « start-up philanthropique » ou la création de fonds d’investissements (le réseau européen UVPA fédère 150 fonds). L’entreprenariat social est donc en train de muter, parfois sur le modèle organisationnel suivant : une association garante de l’intérêt général (association de tête), associée à une ou des filiales commerciales qui développent un marché et font remonter les profits. Comme le souligne Sandrine L’Herminier, les fondations sont souvent de vrais incubateurs d’expérimentation sociale : plus engagées, plus innovantes, plus autonomes, elles jouissent d’une grande liberté et investissent dans des projets pilotes qui pourront ensuite être développés à plus grande échelle.

Une filière d’avenir

Camille Desmoulins, dans la CTT de l’an II (1794), prophétisait déjà que la philanthropie était une nouvelle religion qui allait conquérir l’univers. Au XXe siècle, les deux guerres mondiales ont anéanti plusieurs fondations, puis le développement de l’État providence après 1945 a parfois découragé les initiatives individuelles. Au début des années 2000 pourtant, un nouveau cycle s’amorce[1].

Concernant les perspectives d’avenir, Michel Barnier, dans ses 11 propositions pour développer l’innovation sociale en Europe, a évoqué la mise en place d’un statut européen des associations et des fondations, vieille revendication des philanthropes pour remédier aux problèmes de territorialité fiscale. L’actuel président de la République, dans un discours au Conseil économique, a quant à lui relevé le rôle majeur que devaient jouer les philanthropes et les mécènes.

Améliorer la communication sur l’utilité sociale des projets (un programme pilote a été lancé en France dans des classes de CM1 pour apprendre aux enfants les grands noms de la philanthropie et organiser des simulations de projets), s’inspirer du Royaume-Uni (David Cameron a grandement encouragé la philanthropie), ouvrir la gouvernance aux entrepreneurs, aux bénévoles et aux femmes… les défis à relever restent nombreux. Mais si l’on en croit les résultats des études sur l’efficacité comparée de la subvention publique et du don, les bénéfices pour la collectivité valent largement les efforts fournis.



[1] Les Fondations ont pratiquement doublé entre 2010 et fin 2012, et presque 1000 fonds de dotation fonctionnent comme de petites banques d’investissement.