Interview de Dominique Reynié pour Le Parisien, le 12 janvier 2015. Après la mobilisation massive des Français lors de la marche républicaine du 11 janvier, il estime que la classe politique est à un tournant.

Le Parisien : Ce mouvement d’unité nationale va-t-il se poursuivre ?

Dominique Reynié : Ce qui vient de se passer est historique. On n’avait pas vu une mobilisation aussi massive des Français depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une mobilisation renforcée, on l’a vu hier, par la présence des États et des nations européennes. Il s’agit là d’un test majeur pour la classe politique. Si elle ne prend pas la mesure de ce qui vient de se passer, et à l’heure qu’il est je ne le sais pas encore, le pacte républicain qui subsiste malgré l’échec de la classe politique à résoudre la crise économique et le chômage sera définitivement rompu. Ce sera alors le désastre et l’élection de Marine Le Pen en 2017.

Le Parisien :  Que faut-il faire pour éviter un tel scénario ?

Dominique Reynié : Il faut que les politiques tirent vite les leçons des signaux que vient de lui lancer l’opinion publique. Les Français viennent d’exprimer leurs attentes en matière de liberté d’expression, de lutte contre l’intolérance et l’antisémitisme et de combat contre le terrorisme. C’est la dernière chance pour les politiques de rebâtir leur crédibilité. Tant à droite qu’à gauche. Ces réponses exigent une révision profonde de la loi de finances en faveur d’un renforcement des forces de police, du renseignement et de l’armée et un durcissement de la politique pénale. Des priorités absolues qui nécessiteront des arbitrages en raison des contraintes budgétaires. Il est indispensable que, d’ici six mois, des résultats soient visibles, par exemple en matière de lutte contre le terrorisme. Ce sera la preuve que les politiques ont bien compris les messages envoyés par l’opinion.

Le Parisien :  François Hollande a-t-il les moyens politiques de le faire ?

Dominique Reynié : Il faut que la gauche, et le Parti socialiste notamment, effectue sa révolution culturelle. Sinon elle est perdue. Mettre les moyens sur la sécurité, la construction de prisons, établir des peines planchers pour les terroristes ne font pas naturellement partie du corpus idéologique de la gauche française. C’est à François Hollande de réinventer sa majorité. Ce sera plus aisé s’il arrive à se réconcilier avec l’opinion publique. S’il y réussit, le PS ne pourra alors que le suivre.

Le Parisien :  Quel est le défi pour la droite ?

Dominique Reynié : Idéologiquement, la droite est plus à l’aise que la gauche sur ces thèmes. Mais elle est face aujourd’hui à un défi tactique, celui de voter des mesures proposées par la gauche avec lesquelles elle est fondamentalement en accord, mais en prenant ainsi le risque politique de conforter François Hollande et de perdre l’élection en 2017.

Le Parisien :  Est-ce que, dans tous les cas, la gagnante n’est pas Marine Le Pen ?

Dominique Reynié : Si droite et gauche comprennent le message envoyé par les Français, alors l’ascension de Marine Le Pen sera stoppée. En cas contraire, on assistera à la rupture totale du pacte républicain et à l’avènement de Marine Le Pen à l’Élysée.