Interview de Dominique Reynié, parue dans L’Est Républicain, le 6 novembre 2014.

Dominique Reynié, auteur de « Populismes, la pente fatale », a donné une conférence sur le thème « La crise populiste en Europe », hier, au Campus européen franco-allemand de Sciences Po.

L’Est Républicain : Comment définissez-vous le populisme ?

Dominique Reynié : Le populisme est une vision politique sommaire définie par plusieurs critères : l’appel au peuple, une conception simpliste voire absurde du corps social, opposant, d’un côte, le peuple présenté comme une victime qui subit, et, de l’autre, des élites incompétentes, menteuses, corrompues… Ce sont des critères que l’on retrouve dans les discours de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. La différence, c’est que Marine Le Pen en appelle au peuple national. Le 3e critère du populisme c’est l’opportunisme doctrinal, c’est-à-dire un mélange contradictoire d’éléments de doctrine venant de la gauche et de la droite, afin de séduire des classes populaires orphelines. Les autres critères du populisme sont le rejet de la démocratie représentative (sénateurs, députés), la fascination pour le référendum d’initiative populaire, l’autorité, c’est-à-dire qu’on ne peut, au sein d’un parti populiste, imaginer la moindre contestation car le fonctionnement y est monolithique, et, enfin, la xénophobie. Les partis populistes qui ont le plus de succès en Europe sont xénophobes.

L’Est Républicain : Qu’est-ce qui explique la progression des partis populistes partout en Europe ?

Dominique Reynié : Le populisme apparaît en temps de crise mais ce n’est pas la seule cause de sa progression. Pour preuve, les populistes sont très bien implantés dans le nord de l’Europe où le chômage est bas. La globalisation (la mondialisation économique et technologique), le vieillissement démographique, l’épuisement des finances publiques, et la recomposition ethnoculturelle du fait de l’immigration et de l’islam, sont d’autres facteurs importants favorisant le succès des partis populistes. Ces facteurs constituent un cadre inédit qui déstructure les pays européens. Car même si les partis populistes ne gagnent pas forcement des élections, ils exercent une pression très forte et surjouent le rejet de l’Europe. On peut dire qu’ils contribuent à gripper le système et à abîmer les démocraties nationales. Depuis l’effondrement du communisme et la naissance de l’ère capitaliste on voit bien que la question de l’alternative politique se pose clairement.. Nous sommes entrés dans une phase de confusion idéologique avec l’affaiblissement du clivage gauche/droite qui profite aux partis populiste. Lesquels ont bien senti qu’il y avait un espace à prendre

L’Est Républicain : Dans ce contexte, comment imaginez-vous l’avenir européen ?

Dominique Reynié : Je vois deux options le développement continu des partis populistes qui aurait pour effet de déconstruire l’Union européenne, ou la construction d’une puissance publique européenne forte qui agisse pour créer de la croissance, ce qui suppose encore plus de transferts de pouvoirs pour aller vers une Europe fédérale. Je pense que d’ici 10 ans, la direction aura été prise d’un côte où de l’autre.