1981 n’aura plus lieu. Les socialistes savent que s’ils l’emportent en 2012 ce ne sera pas en raison de leur programme. Quelques Français en rêvent encore, mais la plupart n’en veulent pas et les autres n’y croient plus. Le PS n’est pas moins dubitatif. Sur le fond, au cours de la période 1995-2012, pourtant cruciale, il est resté inerte ou silencieux face au triomphe du marché et à l’explosion de la dette publique qui signe pourtant la faillite de la régulation social-démocrate. La doctrine socialiste n’existe plus. Des idées ‘socialistes’, on en trouve certainement mais les Français n’en voudront pas. C’est une cruelle situation pour le PS : la victoire est à portée de main, à la condition que le programme ne soit pas socialiste. C’est Jospin en 2002.

Depuis quelques temps, on peut voir l’acceptation de ce positionnement dans la prise en charge par le PS d’une thématique moralisatrice. C’est une manière de dire aux Français qu’en 2012, des équipes renouvelées et supposées plus honorables peuvent conduire la même politique. Les socialistes semblent penser que la victoire viendra principalement du rejet de l’équipe sortante et que, plus le rejet sera fondé sur une antipathie pour le président sortant, moins il sera nécessaire d’afficher un programme convaincant. Il suffira d’apparaître bienveillant et sympathique : c’est l’idée du care de Martine Aubry. Mais cela ne suffit pas pour rassurer. Il manque la compétence comptable.

Fondamentalement, c’est cela qui annonce la candidature de Dominique Strauss-Khan. Toute sa force réside dans le poste qu’il occupe actuellement. Le FMI est une aubaine qui lui offert le silence depuis 2007 quand il n’a rien à dire qui ne puisse être retenu contre lui. Hors de portée du débat politique, il n’a pas à répondre aux questions de doctrine et ses amis peuvent se contenter de mettre en avant des qualités professionnelles, à la manière des cabinets de chasseurs de têtes qui dessinent le profil d’un poste : une stature internationale, une compétence économique reconnue pour un poste à pourvoir éventuellement en 2012. Une fois « the right man » identifié, on pose la question de savoir s’il est disponible. Comme dans toute négociation de ce type, l’incertitude est feinte. Il s’agit de susciter un peu plus d’intérêt dans un contexte saturé de désillusion.

On imagine une transaction : les socialistes proposent aux Français un candidat qui leur permet de remercier le président sortant sans courir le risque des idées socialistes. Les anciens camarades de Dominique Strauss-Khan sont en train de comprendre que le problème du Parti socialiste, c’est le socialisme. De son côté, Dominique Strauss-Khan a besoin de mettre en scène le soutien supposé de l’opinion afin de prouver que la transaction est en passe d’être signée et étouffer ainsi les ultimes réticences militantes. Ceci explique l’importance du rôle joué par les sondages.

« Or, choisir un Directeur général du FMI pour représenter le socialisme, c’est inévitablement annoncer la fin du Parti socialiste depuis la rue de Solferino. »

La stratégie est en place, mais il y a un obstacle et il est de taille. Ce sont les primaires. En effet, si les socialistes peuvent accepter de laisser aux Français le soin de choisir Dominique Strauss-Khan, quitte à les suivre, puisque l’on ne désobéi pas au peuple, il ne fallait cependant pas leur demander de prendre directement la responsabilité d’un tel choix. Or, les primaires conduisent à cela. L’idéal serait de remplacer les primaires par les sondages. Dominique Strauss-Khan pourrait alors passer directement du FMI à la candidature. Mais ce n’est pas ce qui est prévu. Ce sont bien les militants et les sympathisants qui vont devoir, les premiers et publiquement, accepter ou refuser la transaction. Or, choisir un Directeur général du FMI pour représenter le socialisme, c’est inévitablement annoncer la fin du Parti socialiste depuis la rue de Solferino. Les militants et les sympathisants ne sont pas sûrs d’en être capables.

Étrangement, le PS est dans le même état que le PC. Le Parti communiste s’est senti menacé de disparition. Croyant se sauver il s’est perdu en allant chercher, pour le représenter, un candidat idéologiquement et culturellement aussi étranger à ce qu’il est que Jean-Luc Mélenchon. De même, le Parti socialiste qui se trouve démuni sur le plan doctrinal et qui doute de la réalité de ses forces s’apprête à demander à un Directeur général du FMI de porter ses couleurs. Pour le PCF et le PS, la possibilité d’un regain électoral suppose au préalable d’accepter une abdication idéologique. Tous les libéraux s’en réjouiront, mais la France de gauche en est-elle capable ?

Tribune publiée dans Le Figaro, le 24 février 2011.