Entretien de Dominique Reynié accordé au Midi Libre et paru le 27 novembre 2014.

Dominique Reynié, politologue, connu pour ses thèses libérales, connaît bien les deux régions fusionnées : il a grandi à Rodez. Il connaît bien, surtout, les arcanes politiques.

Midi Libre : Avec les fusions, quels types d’économies seront possibles ?

Dominique Reynié : Les chiffres qui sont avancés sont approximatifs, pour ne pas dire de communication. Et si on arrive à des économies, elles seront, de toute façon, marginales. Le débat a commencé sur ce thème-là, mais je considère que c’est le plus mauvais des thèmes. Une fusion doit se faire au nom de la croissance, d’une meilleure démocratie, d’une meilleure organisation des services publics. Les coûts de fonctionnement, c’est principalement la masse salariale. Et vous n’allez pas licencier des fonctionnaires. Là, vous allez avoir des équipes de Toulouse qui vont rester, toutes les équipes de Montpellier qui ne seront pas déplacées à Toulouse et on va avoir des créations de postes pour coordonner la fusion.

J’ai fait la proposition d’un gel des recrutements sous statut fonction publique. On pourrait dire : «À partir de 2015, il est interdit de recruter un seul agent sous ce statut». C’est à l’État d’éteindre ce statut, de dire «C’est fini». La situation est inextricable pour les collectivités : elles ne peuvent pas réduire le fonctionnement à cause de la masse salariale puisque c’est statutaire, on est arrivé au maximum des impôts, et donc elles vont réduire leurs investissements. C’est le pire. On n’aura probablement pas d’économies et par contre un effondrement de l’investissement.

Midi Libre : La refonte du statut serait une petite bombe, sur le même mode que la remise en cause récente du CDI. On peut vous retourner que ça contribue à une précarisation…

Dominique Reynié : Le contrat à durée indéterminée est un contrat de droit commun, ce n’est pas un contrat considéré comme barbare, même si je sais qu’on embauche beaucoup ces temps-ci en CDD. Et je précise qu’il ne s’agirait pas de supprimer le statut à ceux qui l’ont déjà, mais de ne plus le donner aux générations nouvelles.

Midi Libre : Le nombre d’élus fait aussi partie du débat. Il n’est pas réduit. Le député héraultais Kléber Mesquida, opposé à la fusion, avertit déjà qu’il y aura des coûts de déplacements et d’hébergement à Toulouse, qu’il faudra reconstruire un hémicycle pour 158 élus…

Dominique Reynié : Je ne suis pas en désaccord avec ces remarques-là, mais l’élément le plus important, ce n’est pas le nombre d’élus, qui est marginal, comme la question plus générale des économies. Avoir des élus qui représentent les citoyens et le territoire, ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Le problème, c’est que tout ça a été dessiné dans le bureau du chef de l’État, de Paris vers la province, du haut vers le bas. C’est la pire des méthodes.

Midi Libre : La fusion entre Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon vous semble-t-elle justifiée ?

Dominique Reynié : Elle n’est pas injustifiée, pas aberrante. Mais ce qui manque, c’est justement la justification. Pourquoi pas, mais sur une stratégie, sur des projets qui ont à voir avec la Méditerranée, l’Espagne, des logiques économiques, des complémentarités. On a fusionné comme un jeu de pièces qu’on rapproche sans considération de la nature des pièces.

Midi Libre : Le Languedoc-Roussillon portait des projets comme le TER à 1 €, LoRdi gratuit pour tous les élèves de seconde. Une généralisation en Midi-Pyrénées peut entraîner des coûts supplémentaires…

Dominique Reynié : Je ne sais pas comment on peut assumer des budgets de ce type dans les années qui viennent. Je ne veux pas être oiseau de mauvais augure, mais j’ai tendance à vous dire: «Tout ça, c’est terminé», on n’a plus les moyens de le faire. Des entreprises privées vont même devoir licencier pour faire face à la baisse des finances locales, comme c’est déjà le cas dans le bâtiment et les travaux publics.

Midi Libre : L’étape suivante, selon vous, n’est-ce pas une décentralisation ultime, avec des Régions aux budgets et aux compétences élargis, au-delà de ce qui se dessine dans le deuxième volet du projet de loi, pour fonctionner comme des petits États?

Ce serait cohérent. Les Régions exercent une fonction de chef de file dans leur périmètre, elles ont autorité souvent sur les autres collectivités locales. Mais quand Raffarin avait lancé les assises de la régionalisation, c’était devenu les assises des libertés locales : les Départements avaient emporté la mise parce que les Régions ne voulaient pas plus de compétences, pas mettre davantage les mains dans le cambouis. Il faudrait interroger aujourd’hui les présidents de Région pour savoir s’ils veulent plus de responsabilités. Il y a une ambiguïté là-dessus.