Article d’Emmanuel Combe paru le 4 août 2014 dans Les EchosLes récentes annonces du gouvernement sur le tourisme constituent à l’évidence une bonne nouvelle, en affichant clairement la volonté de redonner à cette industrie toute la place qu’elle mérite.
Rappelons que le tourisme pèse lourd dans notre économie : il représente, après l’aéronautique et l’agroalimentaire, le troisième solde excédentaire de notre balance courante. Le tourisme et ses retombées indirectes, ce sont 120 milliards d’euros de valeur ajoutée (soit 7,5 % du PIB) et 1 million d’emplois directs, non délocalisables. Pourtant, force est de constater que ce secteur a trop longtemps été délaissé par les pouvoirs publics, qui le considéraient comme une « rente naturelle ». Dans un monde globalisé, cette posture n’est plus tenable : le tourisme n’échappe plus au défi de la compétitivité et à la sanction de la comparaison.

En la matière, force est de constater que le site France est plutôt mal loti. Pour s’en convaincre, il suffit de relire les conclusions de l’étude 2013 du World Economic Forum, qui classe la France, parmi 140 pays… à la dernière place sur l’indicateur « compétitivité-prix », 80e sur l’attitude de la population vis-à-vis des touristes et 58e sur la prise en compte des attentes des clients.

L’enjeu n’est donc pas seulement d’attirer demain de nouveaux touristes mais de restaurer la qualité de notre offre, pour donner envie à ceux qui viennent chez nous d’y rester plus longtemps.

Comment faire ? Deux pistes, engagées par les récentes annonces gouvernementales, méritent d’être approfondies et systématisées.

En premier lieu, nous devons accroître le niveau de service et d’accueil sur l’ensemble de notre offre et de notre territoire – et pas seulement sur le segment du luxe et sur la région parisienne. Cela passe par une politique ambitieuse de formation initiale et continue, qui porte sur toute la chaîne de valeur  – de l’arrivée du touriste à son départ – et sur tous les métiers du tourisme, du chauffeur de taxi au serveur de restaurant.

En second lieu, nous devons diversifier notre offre touristique qui reste encore trop concentrée sur quelques destinations privilégiées qui se suffisent à elles-mêmes comme Disneyland, le Louvre, la tour Eiffel ou le château de Versailles. La France regorge de monuments, festivals et sites d’intérêt qui, pris isolément, ne sont pas suffisants pour attirer les touristes étrangers mais qui, mis en réseau, recèlent un fort potentiel.

A cet égard, la proposition du gouvernement de développer des thématiques fortes comme l’oenotourisme va dans le bon sens ; mais elle ne sera effective que si les acteurs locaux parviennent à se coordonner véritablement, pour offrir aux touristes une offre globale, cohérente et surtout sans coutures. Qui n’a pas observé, par exemple, qu’un événement culturel local, pourtant de qualité n’était souvent pas accompagné d’une offre de services complémentaires, qui viennent le prolonger pour en tirer tout le potentiel économique : offre hôtelière adaptée, restauration et commerces ouverts aux jours et horaires adéquats, moyens de transport suffisants, etc. ? Ce rôle de coordination doit être dévolu à un acteur public local dont la mission est de décloisonner les acteurs, en facilitant leur coordination et en accélérant les procédures qui, bien souvent, freinent les meilleures volontés.

Si la France parvenait à améliorer son niveau de service et à diversifier son offre touristique, le retour sur investissement d’une telle politique serait tout sauf anecdotique : en faisant l’hypothèse que les touristes étrangers, hors touristes en transit, dépensent demain autant en France qu’ils le font aujourd’hui en Espagne – soit 997 dollars contre 705 dollars actuellement, nous pourrions obtenir un gain supplémentaire de 15 milliards d’euros chaque année. Le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?

Emmanuel Combe est professeur des universités et vice-président de l’Autorité de la concurrence. Il est auteur pour la Fondation pour l’innovation politique.