Article d’Eric Le Boucher, Enjeux Les Echos, décembre 2011.

En ces moments de forte déprime, quand le risque d’un plongeon dans la récession s’accroît chaque matin, quand l’Europe apparaît impuissante a arrêter sa décomposition, quand la France se divise, campagne présidentielle oblige, alors qu’elle devrait s’unir, quand la démocratie elle même est mise en doute par les succès des dictatures asiatiques, en ces moments là, il fait bon regarder les visages de ceux qui, dans quelques années, prendront les rênes du pays.

Enjeux Les Echos vous les présente. Plus d’une centaine de personnalités qui seront incontournables demain la «relève». Cette relève fait joie car elle marque un changement positif. Non dans la formation comme l’explique Isabelle Lesniak, au contraire, et curieusement, cette génération est passée par Polytechnique, l’ENA ou HEC dans une proportion plus grande que celle de ses âmes. Non, mais changement dans les mentalités. Voici les premières divisions des étudiants d’Erasmus, le programme d’échange européen de l’enseignement supérieur mis en place en 1987. Avoir fait, a 22-23 ans, un bout de cursus à Londres, Madrid ou Vienne est un bouleversement de son ADN Les jeunes d’aujourd’hui voyagent, apprennent, comparent, relativisent. Ils maîtrisent une langue commune l’anglais.

Deuxième trait commun, un grand progrès de la parité homme/femme. II ne peut qu’en sortir un nouveau réalisme, une gestion moins conflictuelle. Dernière caractéristique le rejet de l’idéologie. Leurs parents avaient une conscience de classe, ils ont
« une conscience d’espèce qui laisse entrevoir la possibilité d’une nouvelle politique planétaire, une cosmopolitique», note Dominique Reynié (I). Conséquence : les futurs dirigeants sont pragmatiques. Dans leur vie professionnelle d’abord, au point que leur engagement envers l’entreprise est tout relatif. Il faut les comprendre leur génération ayant été sacrifiée, ils se gardent d’être naïfs. Ils sont aussi pragmatiques sur les grandes questions de la planète et sur toutes ces mesures qu’un gouvernement doit prendre politique, éducation, économie, social, énergie, culture… Telle mesure marche ? On la généralise. Elle échoue ? On l’abandonne. Puisse-t-on, demain, gouverner ainsi !

Au total, les nouvelles générations « affichent pour la plupart un optimisme qui tranche avec notre morosité commune », poursuit Dominique Reynié Elles avouent leur insatisfaction de la situation générale de leur pays mais se disent satisfaites de l’époque dans laquelle elles vivent. Pour elles, la société est plus prometteuse que l’Etat. La mondialisation est vue comme une opportunité avant d’être une menace. Elles en maîtrisent les technologies, les codes et les principes.

Cette nouvelle classe de dirigeants est elle à même de relancer le rêve européen ? Pas si simple. L’Europe ne fait pas recette chez les jeunes Français. 54% ne lui accordent pas d’importance. La moyenne européenne est de 48%. Sans doute, les résultats parmi les 100 personnes ici présentées seraient ils meilleurs : la nouvelle élite comme l’ancienne est plus pro-européenne que la population. Mais ce doute est significatif. Le rêve européen est si dissipe qu’il faut entièrement le réécrire. La génération globalisée se souviendra-t-elle d’Erasmus avec enthousiasme ? Ou est ce trop tard ?

(I) La Jeunesse du monde Une enquête planetaire 2011 Fondation pour l’innovation politique, Editions Lignes de Repères, septembre 2011.