Article de Erwan Le Noan, paru dans Le Figaro Magazine, le 11 mars 2016. Selon l’auteur, les jeunes qui manifestent contre la loi Travail ne sont pas représentatifs de leur génération.

Les jeunes disent « non merci » à la loi El Khomri. Du côté de l’Unef, le message tonne clairement, comme si le syndicat étudiant s’était fait porte-voix d’une génération, nécessairement frondeuse et prétendument ralliée à la « vraie » Gauche, celle qui défend « l’humain » face à l’argent, le salarié face au salaud et sans la vigilance de qui l’esclavage ne manquerait pas d’être rétabli par le Medef. Malheureusement, l’Unef n’est représentative de rien. Pas des étudiants : elle en compte à peine 20000 sur 2,4 millions. Pas des jeunes non plus : seuls 42 % sont étudiants et surtout… ils ne votent pas à gauche. Aux régionales de 2015, 34 % des 25-29 ans ont voté FN (22 % PS) et selon les sondages, jusqu’à 36 % des 18- 25 ans voteraient pour Marine Le Pen en 2017.
Cette dérive vers le FN est inquiétante. Elle est le reflet de jeunes exaspérés et désespérés. Il faut les comprendre depuis 1986, le taux de chômage des 15-24 ans n’a été inférieur à 15 % qu’un tout petit trimestre (sur 120 !); chaque année – et à tous les niveaux d’études -, 20 % de leurs camarades échouent, sans seconde chance. Ils ont l’impression d’entendre les mêmes débats (avec le même personnel politique) dénoncer les mêmes blocages que, lorsque à 10 ans (pour les plus vieux) ils découvraient l’échec des réformes de 1995 et la misère de la gauche plurielle de 1997. Cette sclérose française a aussi fait leur force et leur énergie : 55 % des 18-34 ans rêvent de créer leur boite (et fuient la fonction publique, comme le rappelait Emmanuel Macron). Ils recherchent la réussite matérielle et trouvent leurs héros dans la Silicon Valley. Avides de renouvellement, ils font le succès de la société de  consommation et généralisent le marché à l’ensemble des relations humaines, par exemple avec le partage rémunéré des trajets automobiles. Désireux de s’engager, ils trouvent du sens dans des actions locales concrètes, et plus  dans les fantasmes de lutte collective.
Déçus d’une société qui ne leur propose rien, ils agissent par eux-mêmes, même en quittant le pays. Enfants de l’étatisme de droite et de gauche, ils sont les acteurs d’une nouvelle forme de capitalisme, plus abouti encore !
Ils ne sont pas conservateurs ; ils sont révolutionnaires, mais pas de gauche.

Erwan Le Noan est consultant. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique et responsable du média trop-libre.fr de la Fondation pour l’innovation politique.