12 idées pour 2012 : c’est l’intitulé des propositions que la Fondapol publie ce jeudi pour contribuer au débat démocratique en vue de la présidentielle. Au programme, entre autres : réduction des dépenses publiques et sociales, lutte contre la pauvreté et tirage au sort…

Atlantico : Vous êtes Directeur général de la la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) qui publie ce jeudi « 12 idées pour 2012 » (sur des thèmes aussi divers que : dette publique, Etat providence, pouvoir d’achat, réforme de l’Etat, numérique, écologie, démocratie, famille, diversité, Europe, jeunesse et éducation). Vous formulez ainsi 98 propositions concrètes pour contribuer au débat démocratique en vue de la présidentielle. Quel diagnostic général posez-vous sur l’état de la société française aujourd’hui ?

Dominique Reynié : Nous sommes partis de l’idée que la situation de très grande crise dans laquelle nous nous trouvons actuellement permet d’ouvrir une série de possibles qui était barrée jusqu’à présent. Nous abordons des questions qui débordent du cadre partisan. Dans un tel contexte, on ne peut pas simplement demander aux Français de « faire des efforts ». Cela laisserait penser qu’il s’agit d’une contrainte temporaire à laquelle succèderait un ordre préservé ensuite. En réalité, s’il faut faire des efforts, c’est pour 10 ou 15 ans. Il faut donc changer d’existence et changer de projet. La crise actuelle n’est pas une simple parenthèse, c’est un changement de paradigme. Elle n’est pas temporaire, mais quasiment définitive.

Parmi vos propositions, vous proposez notamment de réformer l’État providence…

Selon nous, la dépense publique doit être moins importante. L’État doit jouer un rôle différent en étant plus efficace et moins présent. Il faut redéfinir le contrat social. Ne promettons pas ce qu’on ne peut pas tenir. Par exemple, il ne faut pas promettre la réduction des inégalités.

Parce que, selon vous, les inégalités sont naturelles ?

Elles sont sociales. Mais il existe une différence de talent, de travail ou d’engagement qui fait qu’au sein d’une société les individus ne peuvent être qu’inégaux. En revanche, nous mettons l’accent sur la Sécurité sociale : personne ne doit être contraint de vivre à un niveau inférieur d’une vie digne. Il faut lutter contre la pauvreté plutôt que de vouloir réduire les inégalités.

Notre crise est aussi une crise de l’excès de dépenses. Les dépenses sociales représentent en France de l’ordre de 600 milliards par an. Il va donc falloir les réduire. Ainsi, nous proposons de les réduire les dépenses de santé par la mise en place d’une franchise annuelle à hauteur de 2% du revenu des ménages : les premiers 2% de leurs revenus dépensés en matière de santé ne seraient donc pas remboursés par la Sécurité sociale. Bien sûr, cela suppose de développer les mutuelles qui prendront en charge ce coût.

Ne s’agit-il pas d’une politique de santé tournée vers les riches ?

L’objectif est de réduire les dépenses sociales pour participer à la réduction des déficits. Par conséquent, il faut les réserver aux plus nécessiteux. C’est donc le contraire d’une politique de santé pour les riches.


Vous évoquez « les plus nécessiteux » : s’agit-il des classes populaires ou des classes moyennes qui risquent le déclassement ?

Il s’agit principalement des classes populaires. Les « classes moyennes inférieures » glissent en effet vers les classes populaires et correspondent donc à une cible importante. Mais les classes populaires ne le sont pas moins.


Le thème de l’identité semble aujourd’hui au cœur de la campagne présidentielle. Comment abordez vous ce sujet ?

Nous avons un chapitre intitulé « oui à la diversité, non au multiculturalisme ». Une société multiculturelle s’est installée de fait en France et en Europe. Les Français n’y ont pas été préparés. Il n’était pas possible d’évoquer cette question sans qu’il y ait des polémiques sur le simple fait d’observer des conflits interculturels liés à l’immigration. C’est un phénomène qui concerne l’Europe entière : un silence s’est installé sur ce sujet de la fin des années 1960 jusqu’au milieu des années 1980. Cela a eu pour effet de donner aux partis populistes le monopole de la parole sur ce sujet et de ne pas préparer les citoyens à cette question.

La reconnaissance et la protection que l’on doit accorder à des singularités caractérisant des groupes particuliers ne saurait être détournée pour contester les principes fondamentaux de la société qui autorise, organise et garantit une telle reconnaissance. C’est un principe philosophique qui peut générer des règles de droit, comme la question concernant la gestion des rapports entre les hommes et les femmes.


Quelles autres propositions concrètes formulez-vous?

Il y en a beaucoup. Par exemple, nous proposons d’introduire le tirage au sort dans notre démocratie. Dans les villes de plus de 3500 habitants, nous souhaiterions que 10% des conseillers municipaux soient tirés au sort parmi une liste de citoyens candidats. Ceux-ci exerceraient donc un vrai mandat de conseiller municipal. L’objectif est de permettre à des citoyens qui n’ont pas les qualités requises par le système pour accéder à des assemblées élues d’y être présents. Il y aurait donc plus de femmes, plus de citoyens issus de la diversité, plus de citoyens qui n’ont pas fait le parcours politique professionnel type. Ils permettraient par ailleurs de donner aux élus un regard neuf, quasiment extérieur.


Finalement, vous faites davantage confiance au hasard qu’à la bonne volonté des partis politiques…

Les partis politiques sont bien évidemment nécessaires, l’élection comme processus compétitif l’est également, mais il faut tempérer ces mécanismes, dont on connaît les défauts en terme d’auto-reproduction des élites et de conservatisme, par une formule qui permet de donner à voir ce qu’est une société réelle. Le tirage au sort le permettrait.


Propos recueillis par Aymeric Goetschy

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