La chronique de Brice Couturier, le 24 janvier 2012.

On a beaucoup critiqué la décision de Nicolas Sarkozy de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant en retraite. A juste titre. En effet : pourquoi un sur deux et non pas un sur trois, deux sur cinq, ou six sur dix ? Pourquoi décider d’un chiffre arbitraire, sans tenir compte de la réalité des besoins, des performances respectives des différentes administrations ?

Or, face aux programmes des partis de gauche quant à la production d’électricité d’origine nucléaire, on ressent un peu le même sentiment d’arbitraire et de non prise en compte de la réalité des besoins.

Lors des primaires socialistes, on a vu s’affronter Martine Aubry, favorable à l’abandon total de la filière dans un délai de 20 ou 30 ans et François Hollande, qui entend, lui, réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité, de 75 % actuellement à 50 % d’ici à 2025. Enfin, EELV, votre parti, Noël Mamère, se prononce pour la fermeture progressive des centrales au cours d’un processus qui devrait durer « entre 20 et 25 ans » et d’une « diminution progressive de la production nucléaire, moins forte dans les premières années, puis à un rythme soutenu à l’horizon 2020-2032. » Voilà qui est précis. Mentionnons enfin la situation délicate dans laquelle se trouve Jean-Luc Mélenchon, personnellement favorable à une sortie du nucléaire, alors que le PCF, principal partenaire de son regroupement, y est, lui, viscéralement hostile… La CGT est, dans notre pays, l’un des principaux soutiens de l’énergie nucléaire dans notre pays.

Mais Jean-Luc Mélenchon ne manque pas de rappeler que la priorité, il y a peu de temps encore – souvenons-nous du Grenelle de l’environnement – paraissait être du côté des rejets de CO². Or ce sont les énergies fossiles qui sont les responsables essentielles de ces rejets, probables responsables du réchauffement climatique. Et pour être précis, le charbon est la source d’énergie la plus polluante, suivi de près par les dérivés du pétrole, puis par le gaz. Le nucléaire, l’hydraulique, l’éolien ne rejettent pas de CO².

Dans une note publiée cette semaine par la Fondapol, « politique énergétique française : les enjeux (1) , les stratégies (2), Rémy Prud’homme, son auteur, montre que la production française d’électricité est l’une des moins polluantes du monde : en termes de rejets de CO² par euro de PIB, seuls, la Suède et le Japon font un peu mieux que nous. L’Allemagne rejette par euro de production 60 % de CO² de plus que nous ; et la Chine, terrifiant consommateur de charbon, rejette 100 fois plus de CO² que nous par euro de PIB.

Mais il y a encore d’autres critères à prendre en compte pour décider d’un mixte énergétique, dont les coûts de production et la dépendance vis-à-vis des fournisseurs extérieurs, ne sont pas les moindres.

Les coûts de production ont une traduction immédiate du côté du consommateur. Celui-ci paie son électricité deux fois moins cher que son équivalent danois, dont le pays a fait le choix de privilégier l’éolien et le photovoltaïque. En ce qui concerne l’indépendance, évoquons seulement la menace de l’Iran de bloquer le détroit d’Ormuz. La France, écrit l’auteur de la note, a « un taux d’indépendance raisonnable », soit 50 % de sa production, supérieur à celui de l’Allemagne qui, quoi qu’exploitant son charbon, dépend largement des approvisionnements russes en gaz.

Enfin, l’auteur de la note relève que l’énergie électrique d’origine photovoltaïque et surtout éolienne bénéficie d’une rente, dont le coût est répercuté sur le consommateur par EDF. Plutôt que d’aborder la question énergétique à partir de positions idéologiques, ne vaudrait-il pas mieux partir de constats objectifs et chiffrés ?

N’oublions pas qu’il y a une dizaine d’années, la mode était aux biocarburants. Là encore, l’Etat a subventionné généreusement une technologie qui passait pour « naturelle » et respectueuse de l’environnement…. avant qu’on s’aperçoive que ces essences à base de betteraves et de canne à sucre étaient très polluantes et nuisaient à la production alimentaire. Que dira-t-on, dans dix ans, des éoliennes, dont la Fédération Environnement Durable critique « le record d’inefficacité » ?

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