Le 24 avril 2015, nous commémorerons le centenaire du génocide arménien perpétré dans la Turquie ottomane de 1915. Ces massacres et ces persécutions constituent le premier génocide reconnu du XXème siècle avec plus de 1,2 million de victimes, hommes, femmes et enfants, parmi les populations arméniennes de l’empire turc, soit près d’un arménien sur deux. Cette barbarie s’inscrit dans le contexte de la guerre de 1914-1918. Aujourd’hui la reconnaissance du génocide arménien et de la responsabilité de la Turquie ottomane demeurent hélas un sujet de controverse.

Commémorer, c’est rappeler le souvenir d’un événement. Cela suppose de dire de quoi procède cet événement, de quelle généalogie il est le résultat. C’est le travail que mène l’historien, à l’aide d’archives et de témoignages. Mais commémorer, c’est aussi rappeler le souvenir à travers une cérémonie, se souvenir ensemble. L’acte de rappeler un fait au souvenir à travers une cérémonie contient l’intention d’en redire l’histoire publiquement, haut et fort, en s’adressant à tous. En cela s’exprime une volonté qui ne s’arrête pas à la compréhension historique des faits mais, au-delà, vise à partager la leçon que l’on tire de cet événement, qu’il soit heureux ou dramatique. Plus précisément, commémorer vise à répéter l’enseignement que l’on s’accorde à retenir d’un événement. Dans cet accord se loge la dimension politique de la commémoration, car se souvenir ensemble, c’est faire communauté ; il n’existe pas de communauté sans commémoration. Dire et redire ensemble – puisque commémorer suppose la répétition – quelles leçons on s’accorde à tirer d’un fait ou d’un événement, c’est réaffirmer les valeurs sur lesquelles repose la communauté.

Cette année, la Fondation pour l’innovation politique et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah ont voulu s’associer afin de concevoir et réaliser une vaste enquête auprès de 31 172 jeunes (16 – 29 ans), dans 31 pays et en 24 langues. Cette enquête sans précédent vise à saisir la nouvelle mémoire des évènements qui ont marqué le siècle passé.

Parmi ces évènements, se trouve le massacre des Arméniens par les Turcs en 1915. Ce massacre est considéré comme un « génocide » par une écrasante majorité des répondants (77%), dont les Européens (82%) parmi lesquels les Français sont les plus nombreux à qualifier ce drame de génocide (93%).
Si c’est au sein de la jeunesse turque que l’on trouve la plus forte proportion de répondants qui refusent de reconnaitre le génocide arménien (65%), il n’en demeure pas moins qu’une minorité significative (33%) admet la nature génocidaire des persécutions. Ces données peuvent être jugées encourageantes d’autant plus que les Turcs n’expriment pas une opposition de principe à la notion de génocide. En effet, ils estiment devoir appliquer cette notion au massacre des Juifs par les nazis (81 %) ou encore à celui des Tutsis par les Hutus (79 %). (Voir l’analyse des résultats de l’enquête « Mémoires à venir » page 52).

Ces données doivent aider à une réflexion nouvelle au travail de mémoire, que l’on doit transmettre en héritage aux générations futures afin d’assurer la pérennité des valeurs de l’humanisme.

Au-delà du centenaire, cette commémoration prend aujourd’hui un sens particulier parce qu’elle fait écho aux persécutions actuelles des populations chrétiennes d’Orient par des terroristes se réclamant de l’islam.

Retrouvez l’analyse des principaux résultats de l’enquête dans « Mémoires à venir » en français et en anglais.

Retrouvez toutes des données de l’enquête en 24 langues sur « Data.fondapol ».

Crédit photo : © Jon Arnold / hemis.fr, Église d’Erevan au pied du Mont Ararat

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