Tribune parue dans Valeurs Actuelles, le 8 septembre 2011, dans laquelle Olivier Dassault revient sur la note Réduire notre dette publique de Jean-Marc Daniel.

Pour l’économie, l’été n’aura été qu’une pluie de mauvaises nouvelles ! Les États-Unis ont frôlé la cessation de paiement, la Grèce a rechuté, la perspective de récession ressurgit en Occident, les marchés boursiers se sont effondrés, le chômage est reparti à la hausse, tout cela au milieu des rumeurs les plus alarmistes, heureusement démenties, sur la solidité de nos banques ou encore la perspective d’une dégradation de la note de la dette de la France.

Dans une situation aussi chargée de menaces, comment s’étonner du pessimisme qui gagne les salariés et les chefs d’entreprise ?

La conjoncture n’est pas bonne, c’est vrai, et notre endettement accumulé depuis plus de trente ans appelle des mesures vigoureuses. Moins du côté des impôts, déjà trop lourds, que de celui des dépenses qui représentent, rappelons-le, le montant effarant de 56 % de la production nationale !

Dans une étude sur la dette publique publiée par Fondapol, Fondation pour l’innovation politique, qui vient de paraître (Réduire la dette publique), son auteur, Jean-Marc Daniel, chargé de cours à l’École des mines, relève que, de 1978 à 2011, les prestations sociales sont passées de 18 à 25,3 % du PIB tandis que les subventions ont bondi de 4,6 à 6 %.

La France s’est laissé bercer par l’illusion d’une protection totale, multipliant les aides et les allocations, CMU, prime à l’emploi, RSA… Chaque gouvernement est venu apporter sa pierre à la digue contre la pau­vreté, espérant compenser le déficit croissant de compétitivité de nos entreprises plongées sans ménagement dans le bain de la mondialisation. Au lieu d’encourager les efforts de productivité, les socialistes nous ont chargés d’un nouveau handicap en imposant les 35 heures par la loi, obligeant bientôt l’État à subventionner simultanément la réduction du temps de travail et les heures supplémentaires !

L’utopie d’une France protégée de tous les risques s’adonnant sans remords aux loisirs des RTT était chimérique. Dans un monde de moins en moins sûr, peuplé de concurrents acharnés au travail pour sortir du sous-développement, il ne peut exister de sécurité sociale intégrale. Le système est au bord de la rupture. La protection sociale n’a empêché ni la montée de la pauvreté ni l’accroissement des inégalités. Loin de rassurer, elle contribue à diffuser un sentiment d’angoisse car chacun prend conscience de l’impossibilité de pérenniser le système faute de pouvoir le financer. D’où les doutes récemment exprimés sur une trop large place accordée à l’assistanat ou les interrogations sur la pertinence des indemnités de chômage les plus élevées. Ces réflexions, si légitimes soient-elles, ne contribuent guère à mobiliser les énergies à un moment où la France en aurait tant besoin. Une nation se construit sur des rêves : la découverte du monde et la connaissance universelle au temps de la Re­naissance, l’accès au bonheur, “idée neuve en Europe” au XVIIIe siècle, le progrès scientifique et technique à la fin du XIXe, la société de consommation des Trente Glorieuses…

Quel rêve pouvons-nous proposer aux Français qui vont se prononcer l’an prochain à la présidentielle et aux législatives, déçus par la crise, inquiets pour l’avenir de leurs enfants que l’on dit chargés de dettes dès leur naissance, désabusés du progrès, fatigués de promesses inconsistantes ?

Le nouvel idéal qui remettra la France en marche passe par un renversement de perspective. L’in­tervention de l’État ayant montré ses limites, ce n’est plus de lui seul, de ses allocations de rentrée scolaires et de ses “primes de Noël” que les Français doivent attendre leur salut, mais de leurs initiatives individuelles, de leur créativité personnelle. On le constate tous les jours, les Français ne manquent ni d’idées, ni d’ambitions, ni de talents. Leur soif de travailler et d’entreprendre est grande. Ils doivent pouvoir tirer de cela une assurance qui vaudra mieux que toutes les sécurités sociales.

Lorsque John Kennedy avait voulu redonner espoir aux Américains, il les avait incités à se demander, non pas ce que pouvait faire l’État pour eux mais ce qu’ils pouvaient faire pour l’Amérique et pour eux-mêmes. C’est cet esprit que nous devons trouver ou retrouver en France. Mais, pour se prendre en main, encore faut-il avoir la certitude que sa réussite personnelle ne fera pas scandale et ne sera pas confisquée par l’impôt, que le progrès économique auquel on contribue n’est pas nuisible à la planète et que le bien que l’on se fait à soi-même est aussi un bien pour la collectivité. Aux responsables politiques de créer le climat qui permette à chacun de reprendre confiance en soi et de ne plus s’en remettre à l’État pour assurer son destin. Alors, les Français rêveront de l’avenir. Olivier Dassault

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