En 2011 le parlement allemand a décidé d’abandonner le nucléaire civil, décision jugée « souhaitable d’un point de vue moral et réalisable d’un point de vue technique et économique »[1], et d’entamer une transition énergétique spectaculaire, l’ « Energiewende ». À l’horizon 2022 le gouvernement d’Angela Merkel s’est fixé deux objectifs ambitieux : augmenter la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité à hauteur de 35% et diminuer la consommation d’électricité de 10%. D’ici 2050, il est prévu que 80% de l’électricité soit d’origine naturelle et que les émissions de gaz à effet de serre diminuent de 80 à 95%.

Une transition coûteuse et difficile à mettre en place

Une politique volontariste et ambitieuse qui rencontre cependant plusieurs difficultés. Dans une note publiée en septembre 2012[2], le Centre d’analyse stratégique (CAS) fait état de l’avancée de la transition énergétique allemande. Premier écueil, la production d’énergie « propre » nécessite la construction de nouvelles routes de l’énergie pour acheminer l’électricité du nord au sud du pays, construction retardée, notamment en raison d’une procédure de planification trop complexe aux mains des Länder. Longtemps vanté pour la vitalité et l’efficacité de son organisation territoriale, le système décentralisé allemand est ici un obstacle. De nouvelles procédures simplifiées ont d’ailleurs été mises en place au niveau fédéral pour y remédier. Deuxième problème observé, la baisse de la consommation d’électricité est trop lente alors que le parc automobile allemand a vocation à s’électrifier. Enfin, la sortie du nucléaire et la transition énergétique engendrent des coûts supplémentaires pour l’économie allemande. Le développement du réseau d’énergies renouvelables nécessite un investissement estimé à deux milliards d’euros par an jusqu’en 2022 alors que dans le même temps le prix de l’électricité devrait augmenter significativement, en particulier pour les consommateurs. Il est important de rappeler que l’électricité allemande est déjà parmi les plus chères d’Europe (presque deux fois plus élevée qu’en France) et qu’elle a connu une augmentation de 79% entre 2000 et 2011 pour les ménages.

Le cas allemand illustre le flou entourant la notion de transition énergétique

Dans un contexte post-Fukushima, la volonté allemande d’entamer sa mue énergétique et de faire la part belle aux énergies renouvelables est une occasion d’interroger la notion de transition énergétique. Rime-t-elle davantage avec sortie du nucléaire qu’avec décarbonisation de l’économie ? L’abandon du nucléaire civil compensé partiellement par une production d’énergies vertes intermittente et dépendante des conditions météorologiques nécessite l’exploitation de combustibles fossiles comme le gaz ou le charbon, fortement polluants. Conséquence inattendue, la sortie du nucléaire, motivée en partie par des raisons environnementales, implique le recours à des énergies émettrices de CO2.

Vers une transition énergétique européenne portée par le couple franco-allemand ?

Comme le signale le Centre d’analyse stratégique, l’ « Energiewende » impacte « l’équilibre offre-demande de l’Europe toute entière » et engendre une variation du prix de l’énergie dans les pays voisins de l’Allemagne. Le CAS propose que les pays européens coordonnent leurs transitions énergétiques afin d’apporter une solution à l’intermittence de la production d’énergie verte.

Le 7 février, Delphine Batho, ministre de l’Écologie, et son homologue allemand Peter Altmaier, ont annoncé la création de l’Office Franco-Allemand pour les Énergies renouvelables, censé jouer un rôle majeur en matière de coopération énergétique[3]. Le début d’une nouvelle histoire franco-allemande ?



[1] « La transition énergétique en Allemagne n’est pas acquise », EurActiv.fr, 12 septembre 2012


[2] « La transition énergétique allemande est-elle souhaitable ? », Note d’analyse du Centre d’analyse stratégique, septembre 2012


[3] « La maîtrise des transitions énergétiques : un projet franco-allemand », Fondation Robert Schuman, article publié dans Le Cercle Les Echos, 12 février 2013