Article de Romain Renier, paru dans La Tribune le 21/12/2012
La robotisation est l’un des leviers qui pourrait permettre d’agir sur la compétitivité à la fois coût et hors coût de l’industrie. Et ainsi la relancer. Si toutefois celle-ci permet d’ouvrir de nouveaux débouchés pour les industriels. Faute de quoi, l’amélioration de la productivité horaire et le remplacement des hommes par des machines aurait pour seul effet d’accélérer le mouvement de destruction d’emplois industriels déjà en cours.

Mettre l’accent sur la robotisation dans l’industrie française pour la relancer. C’est ce que défend une étude de Fondapol. D’après le think tank, cela lui permettrait de renforcer sa compétitivité et de conquérir de nouveaux marchés. Mais l’idée n’est pas sans poser un certain nombre de questions.

La robotisation au service de la compétitivité

L’étude part d’un double constat. Depuis dix ans, la compétitivité de l’industrie française n’a eu de cesse de se dégrader et le secteur a détruit près de 800.000 emplois. Le problème viendrait notamment du vieillissement de l’appareil productif, responsable d’une diminution de la compétitivité hors prix. Dans le même temps, en ce qui concerne les robots, la France affiche un retard encore plus marqué que dans le reste de l’industrie, avec une densité de 608 robots pour 10 000 employés, soit deux fois moins qu’en Italie (1 220), qu’en Allemagne (1 130) ou aux États-Unis (1 110), mais aussi 45 % de moins qu’en Espagne (884) et 21 % de moins qu’en Corée du Sud (738). Avec 1 430 robots pour 10 000 employés, les fabricants automobiles japonais sont largement en tête, souligne l’étude.

« Dans l’industrie agro-alimentaire, par exemple, qui est très sensible à la qualité des produits, les robots jouent un rôle crucial dans les phases d’emballage, » explique Robin Rivaton, l’auteur de l’étude, qui prend pour exemple l’industrie agro-alimentaire allemande, initialement très en retard par rapport à son homologue française mais qui l’a rattrapée après s’être équipée de deux fois et demi plus de robots.

La robotisation de l’industrie permettrait par ailleurs une plus grande flexibilité dans les processus de production selon l’étude. Ainsi, le passage d’une gamme à une autre serait facilitée.  « Cette caractéristique est essentielle dans le monde actuel où la production de masse cède la place à des productions plus réduites et plus spécialisées et où les cycles de vie des produits se réduisent » souligne l’étude à ce sujet.

La question sensible des destructions d’emplois causé par le gain de productivité

Il reste qu’à production constante, la robotisation, qui augmenterait la productivité horaire, causerait la destruction de nombreux emplois. Ce que concède Robin Rivaton. Mais selon l’auteur, qui en profite pour évoquer le concept de la destruction créatrice de Joseph Schumpeter, « avec une amélioration de la compétitivité coût et hors coût, la robotisation nous offre de nombreuses opportunités de revenir sur les marchés étrangers. » Il s’agirait donc d’un pari sur l’avenir mais qui n’est pas sans créer de nouveaux enjeux.

De fait, comme le souligne Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001, dans son dernier ouvrage, Le prix de l’inégalité, pour que celui-ci n’ait pas d’effet néfaste sur l’emploi, le progrès technique doit être accompagné d’un effort de formation. « Il peut être réalisé dans le cadre de la formation continue » souligne l’auteur de l’étude, conscient que les emplois créés par la robotisation de l’industrie nécessiteront des compétences nouvelles chez les personnes employés dans le secteur. Mais la porte sera ouverte sur de nouveaux emplois promet Robin Rivaton. Et si ce n’est pas l’éducation nationale qui met la main à la patte, les entreprises s’en chargeront. Pour exemple, « au mois d’avril, un des roboticiens a relancé en exclusivité un certificat pour le métier de conducteur d’installations robotisées du fait de la pénurie de personnel formé, » argumente-t-il.

Le secteur serait en manque de travailleurs qualifiés dans le domaine

Car pénurie il y aurait. Selon lui, « il manquerait près de 12.000 employés dans le secteur de la robotique. Les filières ne sont pas suffisantes. Il faut ré-inciter les jeunes à se tourner vers l’industrie et ensuite ouvrir suffisamment de places pour répondre aux besoins des industriels ». Pour Robin Rivaton, « les difficultés du marché du travail et des rémunérations plus élevées, conjuguées au fait d’évoluer dans un secteur technologique de pointe, constituent des arguments intéressants pour les jeunes qui cherchent à s’orienter »… si toutefois la voie de la robotisation était effectivement empruntée par les industriels et qu’elle permet effectivement de conquérir de nouveaux marchés à l’export.