Tribune de Laurence Daziano parue sur La Tribune le 8 juillet 2014.

EDF, GDF Suez, PSA, Club Med : qu’y a-t-il de commun entre ces quatre fleurons du capitalisme français ? La nouvelle alliance chinoise. L’émergence de la Chine comme deuxième économie mondiale a fait de l’Empire du Milieu un pays incontournable pour les grands groupes français. Depuis 2012, une deuxième étape des relations économiques a été franchie avec le développement des partenariats. Désormais, les Chinois ne sont plus seulement des clients, mais des partenaires égaux, détenteurs d’une épargne abondante qui peut être investie dans des projets industriels structurants.

Les Chinois ont pris pied de manière fulgurante dans le capitalisme français en investissant, en 2013, près de quatre milliards d’euros. Ainsi, les grandes entreprises chinoises ont été au cœur des restructurations du capitalisme français : Dongfeng a acquis, à parité avec l’Etat, 14% du capital de PSA pour 800 millions d’euros ; le groupe Fosun a lancé, avec le fonds de private equity Ardian, une OPA sur le Club Med ; le groupe Li & Fung a racheté Sonia Rykiel ; le fonds China Investment Corporation (CIC) a acquis 30% du capital de la filiale exploration-production de GDF Suez pour 2,5 milliards d’euros ; les deux énergéticiens nucléaires chinois, CNNC et CGN, ont pris une participation de 40% des futurs EPR britanniques aux côtés de EDF.

Des prises de participation chinoises prometteuses

Assurément, les prises de participations des groupes chinois au capital de PSA et des EPR britanniques sont les plus prometteuses. Il ne s’agit pas de simples opérations de rachat ou de prise de participation au capital, mais bien d’une alliance industrielle majeure qui vise à doter les groupes chinois d’une maîtrise technologique plus avancée, tout en permettant aux groupes français de consolider leurs positions en Chine et de disposer d’un accès au financement pour poursuivre leur développement.

L’internationalisation du nucléaire chinois, une opportunité pour la filière française

La présence des groupes nucléaires chinois dans le contrat des EPR britanniques marque une première étape dans le développement international de la filière nucléaire de l’empire du Milieu. Les Chinois apportent un savoir-faire technique (puisque les EPR de Taishan sont construits plus rapidement que les EPR français et finlandais), mais surtout des capitaux. Alors que la production électrique mondiale d’origine nucléaire est de 14%, cette source d’énergie est en croissance rapide. Selon l’AIEA, entre 100 et 300 nouvelles centrales nucléaires seront construites dans le monde d’ici à 2030. La majorité sera située dans les grands pays émergents (Chine, Inde, Russie, Brésil, Afrique du Sud, Vietnam, Arabie saoudite).

Ce développement de l’énergie électrique nucléaire va de pair avec les ambitions internationales nucléaires de la Chine. De ce point de vue, l’internationalisation des groupes nucléaires chinois doit constituer une opportunité pour la filière française. A l’avenir, le besoin de financement, le signal politique et les perspectives de contrat en Chine justifient l’alliance avec EDF. Cette alliance avec nos partenaires chinois est également une condition indispensable pour remporter de futurs contrats nucléaires.

Traiter d’égal à égal avec nos partenaires chinois

La prise de participation de Dongfeng dans PSA, sous le contrôle de l’Etat devenu également actionnaire paritaire, doit permettre de doter le groupe automobile français des capitaux nécessaires à son développement, tout en lui ouvrant davantage les portes du marché chinois en perpétuelle croissance. Dongfeng et PSA travaillent déjà ensemble dans plusieurs coentreprises à Wuhan.

Nous sommes probablement au début d’une nouvelle période d’alliances capitalistiques majeures entre les grands groupes français et leurs homologues chinois. Ces alliances mêleront partage technologique, apport de capitaux, ouverture du marché chinois et projets communs dans les pays émergents. Il est fort probable que les grandes entreprises des secteurs urbains, notamment dans l’eau et les déchets, signeront le plus de partenariats. Plus que jamais, ces partenariats, indispensables dans la compétition mondiale, doivent s’appuyer sur une relation politique bilatérale forte ainsi que sur le souci permanent de traiter, d’égal à égal, avec nos partenaires chinois.

Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique