Mettre le diesel au même prix que l’essence est une suggestion de la Cour des comptes. Une mesure peu populaire en pleine crise et qui pose également plusieurs problèmes…

Le diesel c’était mieux avant ?

Depuis plusieurs décennies les différents gouvernements ont encouragé la diésélisation du parc automobile. Les arguments en faveur du diesel étaient notamment l’indépendance énergétique et la plus faible consommation des moteurs diesel (15% de moins) par rapport aux moteurs essence. Mais aujourd’hui « ces arguments ne sont plus valables[1]» voire ils sont fortement contredits.  Aussi bien d’un point de vue économique qu’écologique.

Effectivement les moteurs à essence ont fortement réduit leur consommation, jusqu’à presque égaler celle du diesel. De plus, « si le diesel émet moins de CO2, il émet davantage de dioxyde d’azote et de particules fines[2] ». C’est une des raisons invoquées pour justifier la hausse du prix du diesel. Ce dernier serait responsable, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de près de 42 000 décès précoces par an. Le coût sanitaire pour l’assurance maladie lié aux particules fines (cancer des poumons, asthme…)  serait de 20 à 30 milliards d’euros par an[3].  Ces arguments à l’appui, la niche fiscale du diesel n’a plus de raison d’être pour ses détracteurs, et notamment pour Denis Baupin, député d’Europe écologie Les verts, qui suggère la suppression progressive de cette niche, décrivant la situation comme un scandale de santé public que l’on subventionne[4]. En termes d’écologie la France dépasse d’ailleurs les limites autorisées pour la pollution atmosphérique sur son territoire et pourrait se voir sanctionnée au niveau européen à partir de 2014 (100 millions d’euros par an). De plus aujourd’hui la France ne produit plus assez de gazole et se voit obliger d’en importer tandis qu’à l’opposé elle se trouve en excédent d’essence. La diésélisation de notre parc automobile a donc au final provoqué notre dépendance aux importations.

Economiser et/ou écologiser ?

Au cœur de cette mesure sont brandis deux éléments essentiels : l’économie et l’écologie. La sous-taxation du diesel représenterait, selon la Cour des comptes 7 milliards d’euros de manque à gagner pour l’Etat. Une somme non négligeable d’autant plus dans une période de redressement budgétaire, où l’Etat cherche à tenir son objectif de réduction du déficit public à 3 % du PIB. Mais ces recettes potentielles seront encaissées au détriment du contribuable et des entreprises. Les impacts économiques immédiats de cette mesure sont d’ores et déjà prévisibles : coût dur supplémentaire pour le pouvoir d’achat et la mobilité des ménages français, augmentation du coût des flottes de véhicules des entreprises, fermetures d’usines, pénalisation des métiers de la route … La fédération nationale des transporteurs routiers explique que la profession se verrait particulièrement pénalisée puisqu’elle n’a pas d’alternative au diesel, et qu’à partir d’octobre, elle devra en plus s’acquitter de l’écotaxe poids-lourds. L’augmentation du diesel constituerait donc un « choc économique » supplémentaire pour le secteur. De même pour les constructeurs automobiles français, puisqu’effectivement PSA  et Renault, encouragés par le gouvernement, ont surtout misés sur les moteurs diesel ces vingt dernières années. Selon Patrick Blain, président du comité des constructeurs, une mesure de hausse de fiscalité sur le gazole « déstabiliserait la filière automobile dans son ensemble et  « affecterait la compétitivité des entreprises[5] ». Arnaud Montebourg estime, quant à lui, que ce serait « la pire des mesures pour les constructeurs français ». Des conséquences économiques d’autant plus importantes que le diesel est un secteur essentiel de notre industrie automobile. Il représente environ 60 % du parc automobile et 80 % des nouvelles immatriculations, cela en partie grâce à son prix attractif. Le gazole est taxé en moyenne à 0,65 euro par litre contre 0,86 pour l’essence. Hisser progressivement le prix du diesel à celui de l’essence risquerait de mettre en péril les industries  françaises, en faisant fortement baisser les ventes. De plus, l’actuelle indécision du gouvernement et l’ombre d’une possible augmentation à venir, risque de prolonger l’attentisme de potentiels acheteurs, voire même de les décourager.

Après avoir tout fait pour orienter les constructeurs (devenus spécialistes mondiaux) et les consommateurs français vers le diesel,  un changement de position brutal des pouvoirs publics sur le diesel ne pourrait  que plonger encore plus Renault et PSA dans le désarroi. Une nouvelle faiblesse dans notre industrie automobile, déjà plus que fragilisée, qui pourrait sonner comme un coup de grâce ou du moins comme un coup asséné à un homme à terre. Un retournement de situation qui serait d’autant plus étonnant que le système de bonus-malus « vert »gouvernemental prime les véhicules diesels et pénalise les moteurs à essence.

Le diesel c’est mieux maintenant ?

Le rapport du 12 Juin 2012 de l’OMS tirant l’alarme et semant un vent de panique en classant les émanations des moteurs Diesel dans le groupe 1 des « substances cancérogènes », serait à nuancer. C’est en tout cas ce que suggère Guillaume Faury, le directeur de la recherche et du développement chez  PSA,  en rétorquant que les études de l’OMS sont anachroniques puisqu’elles « portent sur des moteurs des années 60 à 90, avant les premières normes et avant les filtres à particule6« . Il estime que ces conclusions « sont techniquement et scientifiquement infondées par rapport au moteur diesel d’aujourd’hui », les véhicules d’avant 1997 et 2000 polluent 30 fois plus qu’un véhicule récent, ce que reconnait même la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho7.  La réponse par l’augmentation du prix serait donc, dans ce cas, une erreur  car dangereuse pour l’industrie automobile française et peu efficace en matière de santé et d’écologie.

De plus l’économie de 7 milliards d’euros serait également à remettre en cause, puisqu’il serait question d’effectuer une « prime de reconversion » afin d’encourager les conducteurs à changer leurs vieux véhicules diesels pour des nouveaux diesels… finalement il ne serait plus question donc d’économie, mais d’écologie, mais pas vraiment d’écologie puisque le diesel pollue, enfin le nouveau moins… enfin ça dépend du point de vue…

Dans tout cet imbroglio de discours, d’oppositions de diagnostics, il devient même difficile de détecter les contradictions. Une seule chose  semble claire : le manque de lisibilité. Les conclusions sont-elles faites sur des voitures trop anciennes ? Le gouvernement a-t-il encouragé le diesel au détriment de l’écologie et de la santé ? Économie ou non ? Pollue plus, pollue moins ? Ce Qu’il Faudrait Démontrer.

France Hofnung

Crédit photo : Flickr_twicepix


[1] http://lexpansion.lexpress.fr/economie/faut-il-taxer-davantage-le-diesel-en-france_374490.html

[2] Ibid

[3] Ibid

[4] Déclaration sur Europe1 http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Europe-1-matin-Bruce-Toussaint/Sons/Europe-1-matin-Bruce-Toussaint-04-03-13-1435297/

[5] http://www.lepoint.fr/auto-addict/actualites/gazole-une-hausse-de-la-fiscalite-peserait-sur-les-entreprises-26-02-2013-1632756_683.php