Tribune de Yann Le Galès parue dans Le Figaro, lundi 17 février 2014.

La France est-elle en train de se paupériser et de devenir un pays « low cost » sous les coups de boutoir de la Chine, de I’Inde, du Brésil et des nouveaux pays émergents ? « Ce modèle économique suscite beaucoup d’appréhension chez les Français qui ont parfois le sentiment qu’il a envahi tous les pans de notre économie », constate Emmanuel Combe qui publie la note Le Low Cost une révolution économique et démocratique publiée par Fondapol.

Mais contrairement à ce que redoutent beaucoup de responsables politiques le low cost n’a pas « envahi tous les secteurs au point d’être devenu le modèle dominant de production » explique I’auteur professeur à l’université de Paris I et vice président de I’Autorité de la concurrence. II s’est imposé de manière spectaculaire dans le transport aérien avec des compagnies comme Ryanair.

Mais dans la distribution, le hard discount ne détient que 13 % des parts de marché en France contre 40 % en Allemagne. La banque n’a attiré que quelques acteurs comme ING Direct ou Boursorama Banque Renault est le seul constructeur français a s’être lancé avec la marque Dacia. Les coiffeurs sont également peu nombreux.

Les peurs françaises sont d’abord révélatrices des difficultés du pays a s’adapter. « Le low cost introduit une véritable rupture dans un pays peu habitué aux changements radicaux » observe Emmanuel Combe.

Véritable solution cette nouvelle offre répond à un besoin des consommateurs. Elle s’adresse aussi bien à des personnes à faible revenu qu’à des ménages ayant un fort pouvoir d’achat. Les compagnies aériennes easyJet et Vueling Airlines visent « une clientèle touristique et le segment des hommes d’affaires ».

Lassés par la montée en qualité des produits imposée depuis des décennies par les entreprises les clients souhaitent « un retour à une certaine forme de simplicité des produits axés sur la fonctionnalité et le strict nécessaire ». Ils en veulent pour leur argent en adoptant une approche réaliste de la qualité par le prix. Ils décident ce qui est utile dans un produit et ce qui ne I’est pas. Ils distinguent « la qualité nécessaire » et « la qualité accessoire ».

Mais I’homme et la femme qui achètent un billet d’avion bon marché peuvent choisir de passer quelques jours dans un hôtel haut de gamme. Car « loin d’être I’ennemi du luxe et des produits à haute valeur ajoutée le Iow cost est devenu leur meilleur allié en libérant du pouvoir d’achat ».

Face à cette nouvelle donne les pouvoirs publics perdront leur crédibilité s’ils prennent le risque de stopper l’arrivée d’entrepreneurs décidés à briser les positions établies. « Défendre à tout prix I’existant contre I’émergent est rarement un bon calcul sur le plan économique » assure Emmanuel Combe.  Les gouvernements mèneront un combat d’arrière garde sans réussir à « retarder l’inéluctable ». Le plus efficace pour eux est d’adopter une « attitude résolument neutre » en faisant confiance aux consommateurs qui sont aussi des électeurs.