Le propos. Professeur à Sciences po et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, Dominique Reynié analyse la récente montée en puissance, à l’ouest comme à l’est de l’Europe, de mouvements politiques populistes et xénophobes.

L’intérêt. L’ouvrage montre comment, au-delàde la diversité des environnements politiques propres à chaque pays, les partis d’inspiration protestataire se nourrissent de réalités comparables : impression de déclassement vécue par les Européens face aux nouvelles puissances planétaires, vieillissement démographique, crise de l’Etat protecteur et, surtout, sentiment d’une perte d’identité face à l’afflux d’immigrés de confession musulmane. Au milieu de nombreux exemples, l’auteur relève ainsi, à propos de l’affaire des caricatures de Mahomet, « à quel point […] l’immigration et l’islam peuvent se trouver liés à une menace pesantsur l’identité libérale de l’Europe ». Il met en avant « la multiplication des accommodements ethnoculturels ». Un tel contexte va, dès lors, favoriser l’émergence d’un « populisme patrimonial », fondé à la fois « sur la défense conservatrice et virulente d’un patrimoine matériel, qui est le niveau de vie, et d’un patrimoine immatériel, qui est le style de vie ». S’il se nourrit de la défiance envers les élites et de l’antifiscalisme, cultive l’euroscepticisme et l’islamophobie, ce populisme moderne se différencie, par sa nature avant tout « inquiète » et individualiste, des extrémismes traditionnels.

La citation. « Les conséquences du populisme patrimonial sont peut-être extrémistes, mais ce populisme ne se présente pas comme un extrémisme, et peut-être même ne se pense-t-il pas en tant que tel. »

J.-F. P.

« Populismes : la pente fatale », par Dominique Reynié, Plon, 19,50 euros

Publié dans Les Echos, le 22 avril 2011 et sur www.lesechos.fr