Article de Sylvia Zappi paru le 11 janvier 2012.

C’est par un tirage au sort que les écologistes de Metz ont désigné leurs candidats aux législatives. Le groupe Europe Ecologie-Les Verts messin avait déjà utilisé ce mode de sélection aléatoire lors des cantonales de 2010. Trois binômes paritaires ont été désignés en tirant des noms d’un chapeau, puis les candidatures validées par un vote des militants.

Dans les trois circonscriptions de la ville, ce sont donc des inconnus qui vont porter les couleurs du parti écologiste. Une pratique étonnante que les intéressés défendent bec et ongles et entendent faire valider par les instances nationales d’EELV.

Les écolos ne sont pas les seuls à vouloir s’en remettre au hasard pour la désignation de candidats aux élections. La Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), think tank proche de l’UMP dirigé par Dominique Reynié, vient d’en faire l’une de ses propositions pour 2012.

Dans son opus intitulé 12 idées pour 2012, le club propose d’attribuer par tirage au sort de 10 % des sièges des conseils municipaux dans les villes de plus de 3 500 habitants. L’idée est de puiser parmi les électeurs inscrits dans la commune et n’ayant eu aucun mandat électif.

À L’IMAGE DE LA DÉMOCRATIE ATHÉNIENNE

Depuis 2007 et l’engouement de Ségolène Royal pour la démocratie participative, de nombreux maires socialistes ont mis en place des structures ad hoc censées associer le citoyen à la décision publique : assemblées délibératives, budgets participatifs, comités de quartiers, conférences de consensus sur de gros projets… Les exemples sont légion et même les grandes villes comme Paris ou Lille s’y sont mises. Les édiles ont voulu ainsi faire participer les habitants sans distinction à l’image de la démocratie athénienne ou celle des Doges de Venise. Et de réduire la distance grandissante vis-à-vis des politiques.

L’abstention grandissante à chaque scrutin électoral français a mis en évidence la défiance qui s’est instaurée vis-à-vis des élus : ces derniers apparaissent comme ayant perdu les canaux de communication avec la population. La multiplication des mobilisations sociales récusant tout lien organisationnel, qu’il soit associatif, syndical ou politique, a accentué le malaise. Les maires ont été les premiers à réagir.

Les partis sont plus réticents à s’y mettre : seul Europe Ecologie-Les Verts a déjà utilisé le tirage au sort pour désigner une partie de ses représentants dans les directions internes. Cette ouverture demeure donc encore très restée au niveau local et aux structures délibératives.

« FORCE DE RAPPEL » DES ÉLUS

La thématique de la démocratie participative a repris un coup de jeune avec les révolutions arabes et le mouvement des « indignés ». Le tirage au sort, jusqu’alors cantonné aux marges de la politique, est désormais défendu comme un moyen sérieux de revivifier la démocratie représentative.

L’association Attac vient de l’expérimenter en interne en tirant au sort une partie des membres de la très sérieuse commission des résolutions de son congrès de novembre : « Nous voulons démocratiser notre fonctionnement en évitant que les élus de l’exécutif sortants contrôlent les textes et les débats », explique le co-président Thomas Coutrot. Il se dit convaincu du tirage au sort comme « force de rappel face à la tendance à l’autonomisation des élus ».

Avec l’initiative des écologistes messins pour les prochaines législatives, on passe un cap supérieur. « Nous avons voulu l’appliquer à une élection où il y a un enjeu de pouvoir et pour une fonction avec un salaire confortable », explique Pierre Achour, responsable du groupe écolo.

SUSCITER DES VOCATIONS D’ADHÉRENTS

Quand on lui parle de la compétence du candidat pour un tel mandat, M. Achour balaye l’argument : « Il y a un risque mais on n’a pas besoin d’être brillant pour représenter ses concitoyens. Et puis vous croyez que tous les députés sont des flèches ? » Les Verts sont persuadés qu’ils ont suscité des vocations d’adhérents qui ne seraient pas présentés dans une compétition électorale.

L’initiative a en tous cas surpris tout les spécialistes. « Je n’avais pas pensé que cela serait possible pour un mandat uninominal », remarque Yves Sintomer, professeur de sciences politiques à Paris-VIII, auteur d’une Petite histoire de l’expérimentation démocratique. Petite histoire de l’expérimentation démocratique (La Découverte, 2011, 11 euros). « Cela peut contribuer à populariser l’idée que la politique doit se déprofessionnaliser, que c’est un engagement volontaire pas une carrière », souligne-t-il.

Même la direction d’EELV n’est pas convaincue : « Ce n’est valable que si le tirage au sort est validé ensuite par un vote en AG. Parce qu’il faut que les candidats aient un mandat », explique David Corman, délégué aux élections.

L’expérimentation messine risque bien de rester isolée : elle n’a été possible que parce que la circonscription n’est pas « gagnable », souligne M. Sintomer.