Portrait de Pierre Pezziardi, paru dans Le Nouvel Observateur le 30 octobre 2014. Pierre Pezziardi est l’auteur pour la Fondation pour l’innovation politique d’une note Pour la croissance, la débureaucratisation par la confiance, écrite en collaboration avec Serge Soudoplatoff et Xavier Quérat-Hément.

Ils ont entre 30 et 45 ans.Ils ne croient plus en une société hypercentralisée et refusent de se résigner. Ils se surnomment eux-mêmes les “barbares”. Avec internet, les réseaux sociaux et l’industrie du logiciel, ils bousculent le système…

Photo P. PezziardiPierre Pezziardi – “DÉBUREAUCRATISEUR”

Attention, cet homme-là, c’est de la nitroglycérine! Un dynamiteur, qui poursuit une mission aussi ardue qu’indispensable : pulvériser les innombrables «goulets» de nos services publics, les fi les d’attente, labyrinthes téléphoniques, formulaires impossibles à remplir, générés par une bureaucratie coûteuse et souvent aveugle aux besoins des usagers.
Entrepreneur en résidence au sein de l’État, Pierre Pezziardi est un protégé d’Henri Verdier, le responsable d’Etalab, petite entité rattachée au Premier ministre qui œuvre à la numérisation et à l’ouverture de nos services et données publics. Leurs faits d’armes ? La mise en ligne du portail national Data.gouv.fr, qui donne accès gratuitement à des données recueillies par l’État. Mais aussi le lancement de «Marchés publics simplifiés», un site qui permet aux PME de soumissionner à des marchés publics, simplement avec leur numéro de Siret. Leurs derniers «bébés»? Mes-aides.gouv.fr, portail unique qui permet aux Français –en quelques clics– de connaître et faire valoir leurs droits aux prestations publiques, et OpenFisca, un moteur de simulation fi scale à but pédagogique.
Le vrai miracle est que chacun de ces services 2.0 a été conçu par de petites équipes indépendantes et pluridisciplinaires de quatre personnes, en six mois, avec un budget réduit (environ 200 000euros). Pour produire des gazelles agiles Pezziardi a mis au point une méthode éminemment barbare: «Au départ, il ne faut pas chercher une innovation, mais un agent de l’intérieur indigné», explique-t- il. Car « seul un intrapreneur écœuré par un service inefficient pourra prendre le risque de se lancer dans une innovation radicale». Autres règles d’airain: concevoir le service «pour ses clients et partenaires » et « le fonder sur la confiance par défaut», c’est-à-dire «le contrôle a posteriori et non a priori». Et ne surtout pas «numériser l’existant», et donc produire de véritables usines à gaz. Des méthodes que ce diplômé de Centrale Lyon a brevetées dans plusieurs start-up (Octo Technology, KissKissBankBank) ou ONG (Acted).