Interview de Dominique Reynié parue dans Le Parisien du 12 janvier 2012.

Professeur à Sciences-po Paris, Dominique Reynié dirige Fondapol, un centre de recherche de tendance libérale.

Le président sortant a-t-il intérêt à se déclarer tardivement?

DOMINIQUE REYNIÉ. Ce n’est pas seulement un choix stratégique. Il y a aussi une dimension institutionnelle : à partir du moment où le chef de l’Etat se déclare, il est plus candidat que président. C’est un statut ambigu, une situation un peu compliquée aux yeux des Français. Car il devient le candidat d’un parti tout en continuant à représenter le pays. Cela crée une tension qu’il ne faut pas faire durer trop longtemps, d’où la nécessité d’une déclaration tardive. Et c’est encore plus vrai dans le cadre du quinquennat. Si le président sortant se déclarait six mois avant l’élection, cela réduirait la durée du mandat de10%.

Mais est-ce un avantage ou un handicap?

Plutôt un avantage. Il reste « le » président alors que les autres candidats sont des challengeurs : ils s’opposent au chef de l’Etat. C’est le jour où il s’est déclaré, un mois tout juste avant la présidentielle de 1988, que Mitterrand est véritablement devenu candidat, même si tout le monde s’y attendait. Sarkozy aurait tort d’abandonner trop vite ce statut de supériorité, qui disparaît dès qu’on descend dans l’arène. Dès lors, il subit inévitablement une forme de nivellement, voire de dégradation. Sa parole porte moins, son action est perçue comme de la propagande. Bref, il redevient quelqu’un qui ne sera peut-être plus président.

Y a-t-il aussi des inconvénients?
Bien sûr. D’autant qu’à la différence de Mitterrand en 1988 et de Chirac en 2002, Sarkozy n’est pas en cohabitation. Du coup, il endosse directement la responsabilité de la « mauvaise » situation économique. En cas de victoire, il serait ainsi le premier président sortant à l’emporter hors cohabitation.

La crise joue-t-elle en faveur du président ou de ses adversaires?

Une certitude : un peu partout en Europe, élection après élection, les pouvoirs sortants sont battus. Mais les Français peuvent aussi juger que le président a l’expérience de la crise, et choisir un vote d’assurance, à défaut d’un choix affectif. Ils se diraient, en quelque sorte, qu’avec Sarkozy on sait ce qu’on a, qu’il a réussi à préserver l’euro, alors que François Hollande est peut-être très capable, mais qu’il vaut mieux ne pas prendre de risque.

Les sondages font apparaître encore beaucoup d’indécis…

Les Français ne sont pas encore entrés dans l’élection. Ils le feront fin février. Scrutin après scrutin, on constate que les choix se cristallisent tardivement. Et le contexte jouera : qui sait si en avril l’euro ne sera pas à nouveau en crise grave, ou s’il n’y aura pas une guerre avec l’Iran? Or des événements graves joueraient en faveur du président sortant, avec les images des rendez-vous à l’Elysée, des soldats au garde-à-vous, de la lumière allumée tard dans la nuit. La solennité de la fonction est un atout. Mais cela ne suffit pas, comme l’a montré la défaite de Giscard en 1981.

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