La semaine dernière, Le Parisien recueillait l’avis de Dominique Reynié au sujet de la droitisation de l’Europe. Voici l’article paru dans leurs pages, à la section politique, le 06 septembre.

« L’électorat européen se droitise »

Décryptage. Le politologue Dominique Reynié revient sur la tendance qui se dessine en Europe : une droitisation de l’électoral comme des dirigeants.

Depuis plusieurs mois, la droite libérale et conservatrice de la chancelière Angela Merkel essuie une série de revers aux élections locales en Allemagne, comme dimanche dans le Land du Mecklembourg-Poméranie. Pourtant, la tendance dominante en Europe est la droitisation, selon le politologue Dominique Reynié, patron de Fondapol, un centre de recherche libéral.

Le nouveau revers d’Angela Merkel à un scrutin local est-il le signe que les pouvoirs en place en Europe sont systématiquement sanctionnés ?

Dominique Reynié : Non. Cette série de défaites pour Merkel tient à deux facteurs. D’abord les Allemands sont mécontents de leur situation et jugent le gouvernement et la majorité coupables. Ils sont mécontents aussi d’une croissance qui faiblit, et surtout, des plans d’aide à la Grèce. Ensuite, ils ne comprennent pas le positionnement de la chancelière vis-à-vis de l’Europe : elle ne milite ni pour une véritable gouvernance européenne ni pour un repli avec une sortie de la zone euro. Cet entre-deux déroute les Allemands. Mais pour l’ensemble de l’Europe, c’est la droitisation des pouvoirs et de l’électorat qui domine.

C’est-à-dire…

L’électorat européen se droitise par réflexe de défense face à la mondialisation. On constate dans nos pays une sorte de crise identitaire, une réelle sensibilité au thème de la sécurité. C’est une tendance lourde, valable pour les quinze prochaines années. Du coup, cela oblige les partis voulant accéder au pouvoir à recomposer leurs programmes pour tenir compte de ce mouvement de fond.

Est-ce également le cas en France ?

Bien sûr. L’exemple de François Hollande est parlant. En matière de sécurité, il ne s’inscrit pas dans le discours traditionnel de la gauche. Surtout, cette droitisation est encore plus visible sur le plan économique. Jusqu’à présent, dans la pensée de gauche, l’Etat devait être capable de tout financer. Avec Hollande, c’est fini, la gauche doit rééquilibrer les comptes. Ainsi prend-il ses distances avec les 300 000 emplois publics et approuve-t-il la règle d’or… Mais après la présidentielle. Si son plan réussit, Hollande sera le premier à prendre le PS par la droite !

Le discours de Hollande n’est-il pas simplement pragmatique ?

Il est clair qu’aujourd’hui, quelle que soit la majorité gagnante dans un pays européen, on connaît d’avance son programme, du fait des contraintes des déficits. Il peut y avoir une alternance au pouvoir entre la gauche et la droite, mais il n’y a plus d’alternative possible.

Propos recueillis par Henri Vernet