Par Christophe de Voogd, membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol)

Les votants du premier tour de la primaire de « La Belle Alliance populaire » ont donc fait le choix de la gauche frondeuse contre la gauche de gouvernement, de la pureté idéologique contre la politique du possible.

Deux hypothèses peuvent l’expliquer : soit, pour reprendre l’analyse de Max Weber, animés ou aveuglés par « la flamme de la pure doctrine », les électeurs ont préféré l’éthique de conviction – mot cher à Benoît Hamon – à l’éthique de responsabilité – mot fétiche de Manuel Valls ; soit, plus lucides, ils ont anticipé l’échec du printemps prochain et décidé de sombrer pavillon haut. Des hypothèses toutes deux compatibles avec le profil militant de ces électeurs, à en juger par leur nombre modeste.

Emmanuel Macron et François Fillon ont compris

Reste à comprendre les raisons d’un tel échec annoncé et intériorisé. Elles ne manquent pas : manie des Français de sortir les sortants, médiocrité des résultats du quinquennat, renoncement sans précédent du président sortant, division entre « deux gauches irréconciliables » (Manuel Valls) masquée par « un art de la synthèse qui consistait à étouffer les conflits » (Anne Hidalgo). Et, bien sûr, prise en étau de la primaire par Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Mais justement : cette concurrence de part et d’autre est-elle vraiment la cause des embarras socialistes ? N’en serait-elle pas plutôt la conséquence ? N’est-ce pas sur les failles…

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