À l’occasion de sa visite à la CCI de l’Aveyron le 16 septembre 2014, Dominique Reynié s’est entretenu avec Philippe Mouret du Midi Libre. Lors de cette interview, il explique les solutions à adopter pour sortir la France de la crise.

Midi Libre : Que manque-t-il selon vous à la France pour s’extirper de la crise ?

Dominique Reynié : Je défends la thèse que si la politique veut vraiment aider l’économie française à retrouver la croissance, il ne faut surtout pas se demander ce qu’elle peut faire de plus, mais au contraire laisser plus d’espace aux entreprises pour agir. Il faut une déréglementation ou, pour le moins, simplifier une réglementation qui est devenue excessive et asphyxie l’activité des entrepreneurs. Depuis plus de vingt ans, chaque fois que la France doit faire face à la crise, les politiques réagissent par un accroissement des lois, de la fiscalité. On peut en voir le résultat : un chômage record, un déficit record, le taux de croissance le plus faible de la zone euro.

Midi Libre : Est-ce là “le” mal français ?

Dominique Reynié : C’est un mal fondamentalement français, lié à notre histoire. Cette façon de fonctionner a pu être très bénéfique par le passé. Il ne faut pas la dénoncer par pur dogmatisme mais pour montrer qu’aujourd’hui c’est un contresens par rapport à la façon dont va le monde. Un contresens dangereux, voire mortifère car le monde avance sans nous (…). Le poids de l’État épuise notre système sans pour autant que la réduction des inégalités devienne une réalité. Il faut permettre aux entrepreneurs de trouver eux-mêmes leurs ressources, cesser de maintenir des secteurs subventionnés tout en allégeant la pression fiscale. Ils doivent bien sûr répondre aux règles communes, mais en disposant d’une réelle autonomie. En Aveyron, par exemple, les entrepreneurs ont la compétence sur leur secteur et sur leur territoire, il est quand même très paradoxal que, depuis Paris, on vienne leur expliquer comment faire…

Midi Libre : Les banques françaises sont-elles capables de faire face à un tel bouleversement ?

Dominique Reynié : C’est vrai que les banques françaises n’ont pas la culture de l’accompagnement des entrepreneurs, en particulier des petites structures qui nécessitent une attention spécifique, un certain type de prise de risques. Elles restent frileuses, conservatrices, ce sont des banques d’épargnants (…). Mais il y a un profond travail de réformes à mener au sein de toutes les composantes de la société et je pense que c’est par “le bas” que cela pourra se faire. Par les citoyens, les entrepreneurs, les acteurs associatifs, qui ont fait la preuve de leurs talents et qui ont su exister et réussir, malgré le contresens permanent dans lequel ils doivent évoluer. Ce sont ces dizaines de milliers de personnes qui constituent la partie vive de notre société.

Midi Libre : La société française est-elle prête à affronter le changement ?

Dominique Reynié : Les entrepreneurs appellent cette mutation de leurs vœux. Peut-être la société est-elle un peu moins préparée, mais on sent que cela vient peu à peu. Génération après générations les individus se libèrent du système et aspirent à autre chose. Quand les premiers bénéfices arriveront, il deviendra plus facile de convaincre les sceptiques. Et je suis convaincu que la vigueur du corps social constitue presque une assurance de réussite.