Propos recueillis par Jannick Alimi

Jérôme Jaffré, politologue, directeur du Centre d’études et de connaissance sur l’opinion publique (Cecop).

Dans une étude pour la Fondapol, Jérôme Jaffré montre qu’un plafond de verre, lors des dernières élections départementales et régionales, a empêché le FN de percer au second tour.

Une victoire du FN à la présidentielle est-elle possible ?

Jérôme Jaffré. Tout concourt à un choc en faveur du FN mais au premier tour, c’est- à-dire à une poussée inédite au-delà peut-être de 30 % des suffrages. En 2012, Marine Le Pen n’avait fait que 18,5 % ! Deux raisons vont en ce sens. D’abord, le triple déficit de la classe politique — sur l’efficacité, l’autorité et l’honnêteté, même si le « tous pourris » est très excessif — et ensuite l’argument selon lequel ce parti est le seul à n’avoir jamais gouverné. L’argumentaire choc du FN, c’est : « Vous avez été déçus avec Sarkozy, mécontents de Hollande, alors essayez-nous ! » Mais ces deux accélérateurs ne paraissent pas suffisants.

Pour quelles raisons ?

Parce que les élections à deux tours, comme la présidentielle, ont changé de nature. C’est une élection nouvelle. Avec la montée du FN, le système est devenu tripartite et les électeurs se posent alors la question : est-ce que je veux faire élire le FN ? Et là, le parti, même à 30 % au premier tour, ne dispose ni d’alliés, ni de réserve de voix pour aller jusqu’aux 50 %. C’est le fameux plafond de verre.

Pas de réserve de voix, c’est certain ?

C’est l’une des leçons marquantes que l’on peut tirer des élections régionales de 2015. Il y a eu une forte mobilisation au second tour avec près de 4 millions d’électeurs supplémentaires. Or, les trois quarts d’entre eux ont voté à gauche ou à droite, mais pas FN. Notamment dans les Hauts-de-France où Marine Le Pen espérait bien l’emporter et n’a qu’à peine amélioré son score du premier tour.

Est-on sûr que le FN ne bénéficiera pas de reports de voix qui lui permettrait d’accéder à l’Elysée ?

Le scénario le plus favorable pour Marine Le Pen serait d’affronter Macron ou mieux encore un candidat de gauche. Car elle pourrait alors casser la droite et progresser entre les deux tours, vers 40 % des voix voire un peu plus. Songeons que Chirac face à Jean-Marie Le Pen en 2002 avait obtenu 82 % des voix ! Mais, sauf duel final avec Mélenchon, elle aurait du mal à gagner.

La victoire du FN est-elle à jamais impossible ?

Pour 2017, elle reste très difficile à atteindre. Mais son objectif est de devenir la force d’alternance crédible pour 2022. En faisant élire bon nombre de députés aux législatives de juin et en s’installant comme la principale force d’opposition du pays. Pour le courant qui ne se placera que troisième au premier tour de la présidentielle, le danger est majeur.