A l’instar de François Hollande qui se voulait un « président normal », les élus du MoVimento 5 stelle (M5S), formation politique du comique italien Beppe Grillo, se déclarent, eux aussi, « normaux ». En politique comme en philosophie ou en sociologie, la normalité n’est pas un concept évident. Qui sont ces élus du M5S et qu’entendent-ils lorsqu’ils se proclament « normaux » ? Dimanche dernier, slate.fr publiait un article de Margherita Nasi, édifiant sur la question.

Des inconnus, des jeunes et des femmes

Ce qui définit, à première vue, la normalité des élus du M5S est leur inexpérience politique. Les grillini viennent de milieux très différents, « employés, techniciens, ingénieurs, professeurs, souvent précaires » d’après Edoardo Greblo, auteur de La Filosofia di Beppe Grillo. Il Movimento 5 Stelle. Cette hétérogénéité est une composante fondatrice du mouvement et répond au credo grillino selon lequel la gestion de l’économie réelle ne saurait être confiée aux diplômés de prestigieuses institutions telles que l’università Bocconi. La « normalité » est donc, ici, perçue comme une forme de sagesse issue de l’ « école de la vie ».

Notons, au passage, que l’informatique est à l’honneur chez les grillini. Alberto di Majo, auteur de Grillo for President, remarque qu’il «Il y a un pourcentage significatif d’ingénieurs ou consultants informatiques, voire de personnes passionnées par le Net» au sein du M5S. L’importance considérable d’Internet dans les campagnes de Grillo n’est certainement pas étrangère à ce constat.

Mais l’hétérogénéité du mouvement n’est pas qu’une question de profession. Cette dernière « a eu l’avantage de faire entrer au Parlement deux grands absents de la vie politique italienne: des femmes mais surtout des jeunes » comme l’écrit pertinemment Margherita Nasi. Avec une moyenne d’âge de 37 ans (33 à la chambre, 46 au Sénat) et 38% d’élues, le groupe parlementaire de Beppe Grillo est le plus jeune de tous et le plus mixte derrière le Parti démocrate (41%).

Un creuset de couleurs politiques ?

Le M5S n’est « ni de droite, ni de gauche » affirme son leader. En son sein se côtoient des proches de partis de gauche tels que le PD, Italie des Valeurs, Gauche Ecologie Liberté ou Refondation Communiste mais aussi de droite, favorables aux idées de Berlusconi ou de la Ligue du Nord. Mais si chacun peut y trouver son compte, cette transversalité, le mouvement garde une ligne directrice clairement ancrée à gauche avec pour thèmes prépondérants la solidarité, le revenu de citoyenneté, le welfare, l’autogestion ou encore la nationalisation des autoroutes, de l’eau et des télévisions.

Tous unis pour une démocratie directe

Mais quelles que soient les affinités politiques de ses membres, le M5S repose sur le principe de démocratie directe. Les élus du mouvement refusent le titre d’ « honorables » traditionnellement accordé aux parlementaires et n’acceptent que celui de simples citoyens. Cette conception de la politique offre une place centrale à Internet qui est, selon Di Majo, « un instrument démocratique puisqu’il n’y a plus besoin de médiation. Les élus sont donc simplement des porte-parole. Des assemblées publiques sont organisées tous les six mois, les élus rendent compte de leur activité, écoutent les citoyens et agissent en conséquence ».

Les principales inquiétudes

Toutes ces caractéristiques fondatrices de l’ADN du MoVimento 5 stelle pourraient, à terme, se révéler difficiles à gérer : l’hétérogénéité ne sera-t-elle pas facteur d’immobilisme ? Ces élus « normaux » résisteront-ils aux sirènes du luxe qui hantent parfois le Parlement ? Le M5S a-t-il une quelconque cohérence en dehors de la figure messianique de son Leader, Beppe Grillo ? Ces questions doivent être remisent à l’épreuve du temps.

Julien De Sanctis

Crédit : Flickr_Avanguardie.info Web Magazine