Article de Dominique Reynié, directeur général du Think tank Fondapol, publié le 6 mars 2012 sur lemonde.fr.

La loi relative aux libertés et responsabilités des universités (loi LRU du 10 août 2007) instaurant l’autonomie des universités est l’une des grandes réformes de Nicolas Sarkozy. Elle donne à notre recherche et à notre enseignement supérieur les outils et les moyens de participer à la compétition académique et scientifique internationale. Elle est profondément conforme à l’esprit même de l’université, qui est d’être « autonome ». Les universitaires n’ont pas laissé filer cette occasion : toutes les universités métropolitaines ont mis en œuvre l’intégralité de l’autonomie prévue par le texte, 6 mois avant la date prévue.

En instituant l’autonomie de gestion, la loi a conduit à la professionnalisation de la gestion des universités, à l’image de nos grandes écoles ou des grandes universités étrangères. La gestion est placée sous un régime de responsabilité adulte, a posteriori, sous la forme d’un contrôle budgétaire ex post exercé par l’Etat.

La loi assigne également aux universités une mission d’orientation et d’insertion professionnelles des étudiants qui, si elle doit s’améliorer, aurait dû être mise en place depuis longtemps ; elle généralise l’ouverture des conseils d’administration aux personnalités extérieures ; elle donne aux établissements la liberté de créer des fondations, permettant de lever des ressources propres ; elle accroît leur liberté de recrutement.

Accompagnant cette loi, des moyens particulièrement importants ont été mobilisés par l’Etat. Depuis 2007, les ressources accordées par l’Etat aux universités ont augmenté de 22 %. La dépense par an et par étudiant est passée de 9 111 euros en 2007 à 11 430 euros en 2010, dont 10 220 euros pour les seules universités, permettant à la France, pour la première fois, d’atteindre une dépense annuelle par étudiant supérieure à la moyenne de l’OCDE. De même, le montant des bourses a augmenté de plus de 20 % et le nombre de boursiers de 25 %. En 2011 l’ensemble des dépenses sociales en faveur des étudiants a atteint 3 milliards d’euros, un record. Si le plan campus a pris du retard, il sera à terme très bénéfique. Enfin, les universités sont les principales bénéficiaires des 22 milliards d’euros attribués à l’enseignement supérieur et à la recherche dans le cadre du programme des investissements d’avenir.

« UN PAS HISTORIQUE A ÉTÉ FRANCHI »

Il ne faut évidemment pas en conclure que tout va enfin pour le mieux dans l’université française. Il reste à traiter l’épineux problème des droits d’inscription, à la fois injustes et insuffisants ; il reste, comme le propose la Fondapol, à généraliser le droit à la sélection, avec toutes les rétributions qui l’accompagnent et que l’on réserve aujourd’hui aux catégories sociales les plus aisées.

Il n’en demeure pas moins qu’un pas historique a été franchi. De bonne foi, nul ne peut le contester et François Hollande lui-même a fait connaître son attachement à ce texte. La loi instaurant l’autonomie des universités recèle une force singulière car elle ne propose pas une certaine organisation du monde universitaire, mais elle libère un processus, ce qui est très nouveau. Il revient aux acteurs eux-mêmes de s’emparer des possibilités offertes par le texte, de les faire vivre et de les déployer. Cette loi fait confiance à l’imagination, aux initiatives, aux talents et aux compétences des universitaires. C’est pourquoi son succès est garanti.

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