Chronique de Robin Rivaton paru dans Figaro Vox le 19 août 2014 dans laquelle il explique quelle influence l’innovation technologique a sur l’économie et notre vie quotidienne. Cette semaine, il rappelle que la révolution robotique va nécessiter des mutations dans notre système éducatif.

La révolution robotique se précise de jour en jour. Le dernier exemple en date? L’ouverture d’un restaurant à Shanghai en Chine qui fait largement appel à la main d’œuvre robotique. Ne cherchez pas ici de serveur ou de cuisinier. Deux robots vous accueillent et prennent vos commandes pendant que d’autres circulent entre les tables livrant les plats. En cuisine, les tâches de cuisson et de découpe sont automatisées. Avec un coût d’acquisition proche d’une année du salaire moyen local – environ 55 dollars par mois -, le retour sur investissement est rapide.

Ce qu’on appelle à tort robotisation et qui est en fait la poursuite d’un mouvement multiséculaire d’automatisation, est tout à fait capable de conduire à la disparition d’un tiers à la moitié des emplois d’ici 2035.

Le centre de recherche sur l’opinion publique Pew vient de conduire une étude sur les risques de la robotisation. Les avis sont très partagés: si une moitié des experts interrogés considère que l’essor des technologies robotiques va détruire plus d’emplois qu’il ne va en créer, l’autre moitié pense le contraire. Comme je l’ai déjà écrit, ce qu’on appelle à tort robotisation et qui est en fait la poursuite d’un mouvement multiséculaire d’automatisation, est tout à fait capable de conduire à la disparition d’un tiers à la moitié des emplois d’ici 2035. Voitures sans chauffeur, drones effectuant des livraisons, travail dans la restauration, robots-infirmiers devraient fortement se développer.

Mais ce chiffre aussi impressionnant soit-il reste proche du mouvement de tertiarisation qui a eu lieu entre 1970 et 2000. Et de nouveaux emplois seront créés en face, d’abord dans la conception, la construction et l’entretien de ces machines et des systèmes complexes d’interaction qu’ils appellent, ensuite dans de nouveaux domaines hors de la concurrence des robots. Il y a trois grandes qualités qui permettront encore aux humains de surpasser les machines: créativité, dextérité, empathie.

Depuis plus de deux siècles, en France et plus généralement en Europe, l’enseignement et l’apprentissage reposent sur un système centralisé dépendant de l’Etat. Parce qu’il est hyper-centralisé, ce système dépend considérablement de la capacité de vision du gestionnaire. Or celui-ci n’est pas exempt d’erreurs et de retards. Dans l’optique de la massification, le ministère de l’Éducation nationale a sur-joué la carte de la tertiarisation conduisant à dévaloriser et réduire l’offre de formations consacrées aux métiers de l’industrie au profit de formations tertiaires moins coûteuse. Rien d’étonnant à ce qu’aujourd’hui l’industrie concentre huit des dix professions montrant les plus fortes tensions de recrutement.

La concurrence économique des robots nécessite de revoir en profondeur le système éducatif. Celui-ci n’est pas en mesure de développer les compétences nécessaires pour permettre aux élèves de s’imposer sur le futur marché du travail.

Alors que l’Education nationale ne répond déjà plus aux besoins des entreprises, la concurrence économique des robots nécessite de revoir en profondeur le système éducatif. Celui-ci n’est pas en mesure de développer les compétences nécessaires pour permettre aux élèves de s’imposer sur le futur marché du travail. L’apprentissage de savoirs facilement mobilisables par une machine, que ce soit le code pénal, le code de la route ou les règles de comptabilité, sera de moins en moins utile par rapport au développement de compétences spécifiques telles que la dextérité dans un environnement étroit ou la capacité à persuader par l’écrit ou l’oral.

Au final, avec une éducation de plus en plus coûteuse, les autodidactes sortis précocement du système ne seront pas forcément moins bien lotis que leurs camarades préparés pour une lutte perdue d’avance. Ainsi une initiative comme celle du co-fondateur de Paypal, Peter Thiel, offrant des bourses de 100.000 dollars à de brillants étudiants de moins de vingt ans à condition qu’ils se concentrent sur leurs projets et n’aillent pas à l’université prend tout son sens.

Au surplus, l’automatisation des tâches va considérablement modifier l’organisation de la production. Les établissements centralisés comme peuvent l’être les grandes sociétés anonymes vont avoir un recours croissant à la sous-traitance. Le salariat va donc se réduire au profit de modes de production plus autonomes comme l’entrepreneuriat. Ce qui implique des individus d’autant plus capables de maitriser leur propre destin.

Robin Rivaton, diplômé de l’ESCP Europe et de Sciences Po, est membre du Conseil scientifique du think-thank Fondation pour l’innovation politique, où il a notamment travaillé sur la compétitivité, l’industrie et les nouvelles technologies et publié 2 notes sur les robotiques : « Relancer notre industrie par les robots (1) : les enjeux » et  « Relancer notre industrie par les robots (2) : les stratégies« . Il tient la chronique Nouveau Monde sur Figarovox.