Chronique de Robin Rivaton parue dans le FigaroVox le 27 octobre 2014, dans laquelle il explique quelle influence l’innovation technologique a sur l’économie et notre vie quotidienne. Il décrypte l’étude du cabinet Roland Berger, qui montre que la robotisation pourrait menacer 3 millions d’emplois d’ici 2025.

FigaroVox: Qu’est-ce que sont précisément ces robots? Qu’est-ce qui a déclenché cette évolution?

Robin Rivaton : C’est la rencontre de deux mondes, d’un côté l’ingénierie avec des capteurs de plus en plus performants, des matériaux de plus en plus solides, des processeurs de plus en plus rapides et de l’autre les sciences informatiques avec les progrès spectaculaires en direction de l’intelligence artificielle.

Les robots voient leurs «corps» devenir de plus en plus mobile et réactif et leur «cerveau» de plus en plus gros. Ils sont en train de se redresser, d’apprendre à marcher et de voir leur boite crânienne grossir comme les hominidés. Sauf que le changement se compte en dizaine d’années quand il nous a fallu des millions d’années.

Si Google rachète continuellement les meilleures sociétés de robotique et d’intelligence artificielle, c’est que la fusion entre le corps et la tête approche.

FigaroVox:  On parle de 3 millions d’emplois menacés par les robots? Est-ce plausible? Dans quels secteurs?

Robin Rivaton : Comme je l’ai déjà écrit, ce qu’on appelle à tort robotisation et qui est en fait la poursuite d’un mouvement multiséculaire d’automatisation, est tout à fait capable de conduire à la disparition d’un tiers à la moitié des emplois d’ici 2035. Voitures sans chauffeur, drones effectuant des livraisons, travail dans la restauration, robots-infirmiers devraient fortement se développer, même s’il y a souvent un fossé entre le laboratoire et la vie réelle du fait des résistances sociales.

Ne tombons pas dans le piège tendu par les « déclonomistes », ces économistes du déclin qui veulent nous faire détester le progrès technologique.

Mais ce chiffre aussi impressionnant soit-il reste proche du mouvement de tertiarisation qui a eu lieu entre 1970 et 2000. C’est là que cette étude est pernicieuse, le nombre d’emplois ou le niveau global d’activité ne sont pas figés. Un emploi peut disparaître mais d’autres apparaissent. Une perte nette de 2,5 millions d’emplois en dix ans et un taux de chômage à 18 % sont totalement faux! Comme nous avons surmonté la tertiarisation, nous surmonterons l’automatisation des services, à condition d’ajuster la formation. Ne tombons pas dans le piège tendu par les «déclonomistes», ces économistes du déclin qui veulent nous faire détester le progrès technologique.

FigaroVox : Quels seront les emplois restants?

Robin Rivaton : Croire que tous les besoins humains ne soient étanchés et qu’il n’y aura pas de nouveaux emplois, c’est oublier d’une part que les 4/5ème des êtres humains sur Terre aspirent à rejoindre ce niveau de vie et d’autre part nier l’infinité des besoins de l’être humain. Une plus forte productivité signifie des biens et services moins chers et donc un niveau de vie par tête plus important. Nos besoins n’ont jamais cessé de croître et l’offre nouvelle trouvera toujours preneurs. La vraie question est d’assurer que la concentration des richesses ne devienne pas trop forte au point d’empêcher le maintien d’une demande par le plus grand nombre.

Enfin, ne jetons pas trop vite la formidable capacité d’adaptation de l’être humain. Les nanotechnologies, biotechnologies et autres sciences cognitives, offrent la possibilité d’amélioration radicale des capacités humaines à court-terme. Une fois découverte une connexion homme-machine viable, qui dit que nous ne serons pas plus performants que les robots?

Les atouts que peuvent faire valoir les humains face aux robots sont une plus grande autonomie, une capacité à l’adaptation sans limites et une meilleure créativité. Ce sont ces qualités que nous devons valoriser dans une société où le travail sera avant tout indépendant plutôt que salarié.

FigaroVox : Comment accompagner ce changement?

Robin Rivaton : La robotisation est gentiment écartée d’un revers de main en France par les responsables politiques. D’ailleurs qui l’a inscrite dans son ébauche de programme pour 2017? N. Sarkozy, A. Juppé, M. Aubry, M. Le Pen? Personne! Or ce changement massif est nécessairement à prendre en compte pour appréhender ce que sera une bonne politique publique demain.

Vouloir s’opposer à la robotique par la force en interdisant les licenciements robotiques sera la pire des réponses. De toute façon, la production «humaine» faite en France ne sera pas en mesure d’être compétitive face aux productions «robotisées» ailleurs et disparaitra inéluctablement.

Les atouts que peuvent faire valoir les humais face aux robots sont une plus grande autonomie, une capacité à l’adaptation sans limites et une meilleure créativité. Ce sont ces qualités que nous devons valoriser dans une société où le travail sera avant tout indépendant plutôt que salarié, où l’autodidacte l’emportera sur le diplômé et où l’originalité vaudra plus que le respect de la règle.

Robin Rivaton est économiste, essayiste, membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique et auteur de «La France est prête» (Les Belles Lettres, 2 octobre 2014).