Interview de Robin Rivaton, parue dans L’entreprise libérale de novembre/décembre 2015. Le 27 novembre prochain, Robin Rivaton ouvrira le Congrès de l’UNAPL. L’occasion pour cet économiste de défendre les professions libérales comme un moteur du redressement économique de la France. À l’opposé des théories déclinistes en vigueur.

L’entreprise libérale : Comment analysez-vous la place et la situation des entreprises libérales en France aujourd’hui ?

Robin Rivaton : Elles sont essentielles ! Les professions libérales s’inscrivent complètement dans la révolution culturelle française qui a commencé au début des années 2000 et qui se manifeste notamment par une révolution entrepreneuriale. Les Français ont complètement réévalué leur rapport à la création d’entreprises : en dix ans, la France est devenue une nation d’entrepreneurs. L’envie de créer une entreprise à trois ans a triplé entre 2002 et 2012, passant de 3% a 17% de la population française.. Les professions libérales sont une forme ancienne entrepreneuriat qui continuera de prospérer dans le monde de demain.

L’entreprise libérale : Comment faire pour que ce nouveau mode de production soit en adéquation avec le modèle économique et social français ?

Robin Rivaton : Il n’est pas tolérable d’avoir une différence de traitement selon les statuts, comme avoir des rendements de cotisation de retraite différents par exemple ! Il faut arriver à retrouver un équilibre entre le monde salarié et l’entreprise indépendante, notamment les professions libérales, afin de rendre cette dernière encore plus attractive. Il est nécessaire de rétablir une certaine égalité entre les droits et les devoirs de ces deux sphères. Ne rendons pas l’exercice indépendant plus difficile qu’il l’est.
Il faut donc pour cela revoir une partie du financement du système social qui repose essentiellement, rappelons-le, sur le monde du travail, et arriver à un régime indépendant plus unifié. Il est par ailleurs important de permettre des transitions plus fluides et plus souples entre les deux mondes avec un suivi des droits de l’un à l’autre. Le Compte personnel d’activité (CFA) est un début mais il faut aller plus loin que les seuls droits à la formation, notamment en matière de retraite avec un régime universel à points. Donnons de la visibilité sur la fin d’activité pour autoriser et encourager la prise de risque.

L’entreprise libérale : Quel rôle les entreprises libérales ont-elles à jouer dans la reprise de la croissance française ?

Robin Rivaton : Dans le monde d’aujourd’hui, marqué par la robotisation, la numérisation et la mondialisation, la force de la France réside dans cette révolution entrepreneuriale. Il faut absolument accompagner cette vague car c’est de là que viendra le rebond français. Les Français sont prêts et en ont une envie profonde en dépit de la difficulté du parcours. Aux Pouvoirs publics de remédier à cette difficulté en améliorant les contributions pour s’approcher d’une certaine égalité entre salariés et indépendants dont font partie les professionnels libéraux.

Robin Rivaton est économiste, essayiste, membre du conseil scientifique et d’évaluation de la Fondation pour l’innovation politique, et auteur de «La France est prête» (Les Belles Lettres, 2 octobre 2014).