Selon une enquête Ifop pour la Fondapol, près de 3 millions d’électeurs pourraient participer dimanche au scrutin organisé par le PS.

ELECTION. Bonne surprise en vue pour le Parti socialiste? Dans le prolongement du succès de celle de la droite, le mécanisme de la primaire s’installe dans l’opinion. C’est ce que montre une étude de l’Ifop réalisée pour la Fondapol (Fondation pour l’innovation politique).

UNE BONNE CONNAISSANCE DES RÈGLES DU SCRUTIN

Le PS craignait de souffrir de la comparaison avec les Républicains. Compte tenu des perspectives électorales peu réjouissantes pour la gauche, les responsables socialistes redoutaient une faible mobilisation qui aurait lesté plus encore la campagne du candidat PS. Deux millions de votants, se risquaient à dire les plus optimistes ; un million, craignaient les pessimistes.

Or, dans l’enquête de l’Ifop effectuée auprès de 6 951 personnes, 7 % se disent absolument certaines d’aller voter dimanche prochain, c’est-à-dire répondent par la note 10 sur une échelle de I à 10. Rapporté au corps électoral, cela signifierait près de 3 millions de participants. Chiffre fiable? La même enquête donnait un taux de 10 % pour la primaire de la droite, soit 4,3 millions de votants, ce qui fut exactement la participation au scrutin des 20 et 27 novembre. Un indicateur semble corroborer ce sondage. L’audience des deux débats télévisés qui fut – pour celui sur TFI comme celui sur les chaînes info – les deux tiers de ceux de la droite. Comment expliquer cette perspective ? D’abord par un niveau d’information particulièrement élevé. A deux semaines du premier tour à droite, 58 % seulement des électeurs se déclarant « certains » d’aller voter à la primaire de la droite étaient capables d’en donner la date exacte. A la même échéance le sondage a été effectué du 12 au 16 janvier -, c’est le cas de 67 % de ceux qui sont « certains » d’aller voter à la primaire de la gauche. Neuf points de plus, même si l’on peut s’étonner qu’un tiers d’entre eux se trompent encore sur la date. De même, 83 % des certains de gauche connaissent la composition du corps électoral, 93 % savent qu’il faut payer un euro à chaque tour et 85 % qu’il faut signer une charte des valeurs. Les taux étaient respectivement de 76 %, 85 % et 72 % pour la droite.

Deux facteurs d’explication. Le PS avait déjà vécu une primaire en 2011, avec des règles quasi identiques II y a donc moins d’effet nouveauté. La gauche bénéficie ensuite du gros travail d’explication fourni en novembre pour la droite

Enfin, les deux premiers débats télévisés semblent également jouer en faveur des candidats. On sait qu’ils furent juges décisifs pour la droite et bénéfiques pour François Fillon. Le jugement est tout aussi positif pour la gauche. 69 % des électeurs (et 70 % des « certains ») les ont trouvés « de bonne qualité » ; c’était 68 % pour ceux de la droite Mieux, 47 % des Français (53 % des certains) disent que l’image qu’ils se font de la politique s’est « améliorée », c’est neuf points de plus qu’après les débats des candidats LR.

UNE MOTIVATION ANTIFILLON ET ANTI-LE PEN

Les ressorts de la participation sont cependant différents La droite étant favorite au sortir du quinquennal de Hollande, beaucoup d’électeurs avaient le sentiment que participer à la primaire c’était déjà désigner le futur président de la République. La motivation citée en premier, par 57 % des votants certains, était donc de « désigner le candidat ayant le plus de chances de remporter la présidentielle ». Ce n’est évidemment pas le cas cette fois. Deux motivations ressortent fortement les propositions de François Fillon qui « incitent à voter à la primaire » 71 % des électeurs « certains » ou « tangents » (autrement dit possibles) au scrutin de dimanche, et « la possible qualification de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle » citée par 69 % de ces électeurs potentiels. L’argument mis en avant par plusieurs candidats, à commencer par Manuel Valls, pour résister à «une droite dure et à l’extrême droite » semble donc être un bon moyen de mobilisation. Défensif, mais efficace.

MACRON ET MÉLENCHON REGRETTÉS, HOLLANDE MOINS

Plus surprenant le processus de la primaire en tant que tel semble redonner confiance aux électeurs de gauche. Comment expliquer autrement qu’une majorité d’électeurs « certains » ou « tangents » soient assures que le scrutin permettra au vainqueur de « rassembler les électeurs de gauche » (67%), et plus précisément une partie des électeurs de Jean-Luc Mélenchon (56 %) et de ceux d’Emmanuel Macron (56 %). Mélenchon et Macron sont d’ailleurs regrettés dans cette primaire Y compris par leurs propres électeurs. Ainsi, 65 % des électeurs de 2012 de celui qui se présenterait sous l’étiquette du Front de gauche regrettent son absence à la primaire de 2017, alors même que sa participation a toujours été exclue, et par lui-même, et par le PS. De son côté, l’ancien ministre de l’Economie est regretté par 53 % des sympathisants socialistes et par 42 % de ceux du mouvement En marche ! Comme si les macronistes avaient intégré plus que les melenchonistes la nécessité pour leur champion de se présenter hors primaire. On notera au passage qu’avec ce sondage Ifop pour la Fondapol, c’est la toute première fois que les électeurs potentiels d’En marche ! sont identifiés en tant que tels.

François Hollande, lui, est nettement moins regretté. Même parmi ses électeurs de premier tour de 2012, ils ne sont que 39 % à déplorer son absence sur la ligne de départ de la primaire.

Interrogés sur la campagne des candidats, les électeurs de la primaire saluent davantage les prestations de Benoît Hamon et d’Arnaud Montebourg, c’est-à-dire des deux représentants de l’aile gauche du Parti socialiste. Pourtant sur le plan idéologique, ce sont plutôt des thématiques portées par Manuel Valls qui ont le vent en poupe. Ainsi les participants de la primaire sont aussi nombreux que l’ensemble des Français à faire de la lutte contre le terrorisme (91 %), de la lutte contre la délinquance (87 %) ou de la garantie de la laïcité (81 %) des sujets majeurs pour déterminer leur vote. « On assiste à un recentrage de la gauche, accompagnant la droifisation de l’ensemble de la société française », estime Dominique Reynié, le directeur général de la Fondapol •

 

Journaliste : Guillaume Tabard. @gtabard