Tandis que la France s’apprête à accroître la pression fiscale sur les ménages et sur les entreprises, le débat présidentiel américain porte plus que jamais sur la fiscalité, thème emblématique des nombreux points de discorde entre les deux candidats. Alors que Barack Obama cherche à se poser en candidat du « peuple » et en ardent défenseur des classes moyennes, Mitt Romney tente d’atténuer- non sans succès – son profil de « candidat de la finance ».

Des propositions discordantes en matière financière

Après la crise financière mondiale de 2007, et dès son entrée en fonction, Barack Obama a souhaité réformer Wall Street en profondeur en mettant fin au fameux adage too big to fail. Si les nouveautés en matière de réforme du système financier sont rares dans le programme de l’actuel locataire de la Maison Blanche, les répétitions y sont nombreuses. Il insiste sur le fait qu’il a mis fin aux pratiques hasardeuses de la finance. Le Président sortant reste évasif quant aux projets à venir. Parmi les mesures annoncées : la fin des renflouements des établissements financiers par le contribuable ou encore la réglementation des frais liés aux usages bancaires.

Mitt Romney se veut plus offensif et se prononce pour une révision des récentes réformes impactant les activités du monde de la finance. La dérégulation est au cœur de ses mesures : laisser Wall Street s’autoréguler afin qu’un équilibre naturel puisse se former : plus de liberté pour les banques, soutien des établissements financiers en renforçant le too big to fail et en revenant sur la Dodd-Franck Wall Street Reform qui a multiplié les dispositifs institutionnels de régulation financière.

« Supporting American Business » : le leitmotiv de la campagne ?

Le protectionnisme économique figure au cœur des propositions économiques de Barack Obama. S’agissant des régimes fiscaux applicables aux entreprises délocalisatrices, le Président sortant se positionne clairement en faveur d’un durcissement des taxes : « President Obama is working to bring jobs back in the U.S. by eliminating tax breaks for companies that ship jobs overseas ». A contrario, son challenger Républicain défendrait le régime fiscal dérogatoire pour les entreprises qui délocalisent.

Le protectionnisme économique a le vent en poupe en période de morosité économique et sur ce sujet, les deux candidats présentent une feuille de route très différente. Des justifications peuvent venir renforcer ces approches différentes de la fiscalité.

Obama / Romney : candidat riche contre candidat des riches ?

D’après les comptes de campagne analysés par LesEchos.fr, outre le déséquilibre flagrant entre les deux budgets (fin août, Barack Obama capitalisait 136 milliards de dollars tandis que son challenger ne pouvait compter « que » sur 62 milliards de dollars, soit moitié moins), la répartition entre donateurs institutionnels et particuliers témoigne de l’idée selon laquelle Obama recueille plus de sympathie auprès des particuliers  et Romney a la confiance du secteur privé. En effet, 56 des 62 milliards du budget  du candidat républicain proviennent des donateurs institutionnels (entreprises, banques…) contre 6 milliards donnés par les particuliers. Pour l’actuel locataire de la Maison Blanche, un peu moins de la moitié (63 milliards) du budget de campagne est financé par les particuliers (les donateurs institutionnels représentant seulement 73 milliards de dollars).

Enfin, deux banques emblématiques soutiennent à la fois Romney et Obama dans leur course à la Présidence des États-Unis : la sulfureuse Goldman Sachs et la Bank Of America (BoA). Donnant respectivement 3 et 1,4 milliards de dollars aux deux candidats, les deux banques américaines marquent toutefois leurs préférences respectives. Si l’on examine de près le détail des dons. Pour Goldman Sachs, à peine un quart du don va au budget démocrate, contre les deux tiers pour BoA. Or à l’issue de la crise financière mondiale de 2007 – 2008, Goldman Sachs a rapidement fait l’objet de poursuites judiciaires pour ses pratiques financières alors que BoA a bénéficié d’un léger répit. Les deux banques sont aujourd’hui en proie à des procédures fédérales pour leur rôle dans la crise des subprimes.

Aux États-Unis, la question du financement des deux campagnes, notamment au regard de la diversité des liens entretenus par les deux candidats en lice pour la Maison Blanche, est très sensible. Ainsi, un grand quotidien américain a décidé de mettre en ligne les comptes de campagne, exprimés en dollars, en temps réel.

Credit photo: Flickr_Images-of-Money, Flickr_Mathew Knott, Flickr_Son of Groucho.

Ce papier s’inscrit dans une série de textes de la Fondapol sur l’économie dans la campagne électorale américaine. Retrouvez les autres sujets :

1. Les dépenses sociales dans la ligne de mire du candidat Romney (1/4)