La Fondation pour l’innovation politique, en partenariat avec la Revue Civique, a organisé jeudi 5 juin 2014 une discussion autour du livre de Dominique Schnapper, L’esprit démocratique des lois paru dans la collection NRF Essais chez Gallimard.

Dominique Schnapper, sociologue, membre honoraire du Conseil constitutionnel et membre du Conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique était entourée pour cette discussion de Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique ; Gérard Grunberg, politologue au Centre d’Etudes Européennes de Sciences Po et Jean-Philippe Moinet, fondateur de La Revue Civique.


Discussion autour de l’ouvrage L’esprit… par fondapol

Alors que les inquiétudes autour de la démocratie semblent grandir en raison, à la fois, d’un non-déploiement de la forme démocratique depuis la fin des années 1990 et de sa perte d’élan à l’intérieur même des systèmes démocratiques, Dominique Schnapper tente dans son livre L’esprit démocratique des lois d’apporter des éclairages sur les sources de ces inquiétudes. Ce dernier ouvrage s’inscrit dans une lignée de travaux témoignant de l’évolution de leur nature. Alors que dans les années 1990, la victoire de la démocratie semblait acquise, elle a mis en avant les défauts externes des démocraties dans les années 2000 puis les a intégré dans une réflexion plus globale selon laquelle ce ne serait pas les manquements de la démocratie à ses propres principes qui seraient la principale source d’inquiétude mais plutôt le risque de voir les démocraties accentuer leurs principes à un tel point qu’elle en viendrait à les trahir.

La perception d’une hétérogénéité grandissante, soulignée par Dominique Reynié, remettrai en question les mécanismes démocratiques et pose la question de la limite jusqu’à laquelle des populations réunies autour d’un espace public commun peuvent être différentes les unes des autres. L’hétérogénéité en elle-même n’est pas un problème, explique Dominique Schnapper, tant qu’il est possible qu’elle soit transcendée par cette citoyenneté commune mais le devient quand il n’y a plus de participation à un même espace commun.

Parallèlement à la question de l’hétérogénéité, l’individualisme et son privilège sur toute forme de communauté au sein des systèmes démocratiques est un problème central sur lequel Gérard Grunberg a insisté. A partir du moment où lorsque ni chez les hommes politiques, ni chez les citoyens l’idée d’un intérêt qui ne soit pas strictement le sien n’apparait plus, Dominique Schnapper estime qu’un risque de dérive émerge alors, justifiant le fait que parfois la recherche de soi doit être contrôlée par le sentiment de l’autre.

L’idée d’une crise de la représentation peut être aussi interprétée comme une manifestation de cet individualisme excessif. Celui-ci supposerait que personne ne représente mieux l’individu que lui-même, allant ainsi à l’encontre du principe de délégation.  Cela dépasse donc la simple question de la participation électorale pour représenter un danger bien plus profond pour les démocraties représentatives. La contestation grandissante des institutions, quant à elle, est un facteur d’affaiblissement et une illustration des valeurs excessives de la démocratie : c’est à travers le respect de ces institutions que la démocratie vit.

L’ethnicisation de la démocratie est présentée, au cours du débat, comme un autre des potentiels facteurs d’affaiblissement, dans le sens où il trouble l’équilibre entre le lien ethnique et civique. Le premier en devenant prépondérant entraînerait l’éclatement de l’espace public  et civique nécessaire à la gestion des différences ethniques tandis que le lien civique est lui par nature plus fragile et aurait aujourd’hui tendance à s’affaiblir.

C’est sur cette question que le débat s’est conclu : nos démocraties avec leurs faiblesses ont elles assez de défenses pour se protéger vis-à-vis des autres régimes mais aussi vis-à-vis d’elles-mêmes ?