Le dossier du financement des retraites fait irruption dans l’actualité alors même que les candidats à l’élection présidentielle hésitent à s’en emparer. Le Conseil d’orientation des retraites, dans le rapport remis au Premier ministre, préconise d’agir à la fois sur les recettes et les dépenses, en allongeant la durée de cotisation et en encourageant le travail des seniors. Sans avoir l’audace de s’attaquer à l’un des verrous bloquant toute réforme de fond du système : le cumul emploi-retraite, défendu par la Fondation pour l’innovation politique.En mars 2006, Philippe Brongniart, membre du directoire de la Fondation, plaidait pour « une action d’ensemble pour maintenir ou faire revenir dans l’activité les seniors, qu’ils aient atteint ou non l’âge de la préretraite ou de la retraite ». Or, malgré de légers assouplissements, le cumul d’un emploi salarié et d’une pension de retraite est en principe proscrit, en vertu de l’article L161-22 de Code de la sécurité sociale, qui stipule clairement que la liquidation de la retraite entraîne la cessation de l’activité professionnelle. Cette position résulte d’une idéologie malthusienne qui veut qu’en travaillant un senior prive de son emploi une autre personne.
La multiplicité des régimes et leur opacité font que chaque caisse de retraite définit à sa convenance des règles de cumul, creusant ainsi des inégalités. Philippe Brongniart note que les fonctionnaires sont largement privilégiés, puisqu’ils peuvent sans limite exercer un emploi salarié hors de la fonction publique. De même que les commerçants et les artisans. En revanche, les salariés du privé sont très entravés, puisque le cumul de la retraite et du revenu doit leur procurer un revenu global inférieur au dernier salaire d’activité. Une situation qui pénalise les titulaires de petites retraites, ceux pour qui travailler est vital, car le niveau de leur retraite les place à la limite du seuil de pauvreté.
Tout en précisant qu’une telle mesure ne réglera pas à elle seule l’emploi des seniors, Philippe Brongniart propose en conséquence de faire sauter un verrou – la limitation du cumul emploi-retraite, dont l’impact positif est « impalpable » selon un rapport de 1999 sur le sujet présenté par Dominique Balmary. Il se demande même si l’autorisation du cumul pour les retraités percevant moins de deux fois le SMIC va assez loin et il dénonce la sévérité du régime de cumul associé à la préretraite, dont le plafond est de seize heures par mois !
Les candidats ne pourront sans doute pas faire l’économie d’un sujet qui concerne environ 13 millions de personnes et qui ne peut pas être corrigé simplement aux marges.