Après l’échec des référendums sur le Traité constitutif, l’Union européenne est à la croisée des chemins. Certes, d’aucuns diront qu’elle repose déjà sur des fondements solides et peut parfaitement continuer à avancer sur la base des traités existants ; qu’il convient de ne pas faire de cet échec une crise, mais de mettre à profit cette pause inattendue.C’est faire abstraction de la gravité de la situation à laquelle l’Europe est confrontée. Au plan interne, les questions du budget européen, du volet agricole, de la crise économique et du malaise social sont plus que jamais à l’ordre du jour. Au plan externe, l’Union doit faire face, avec les États-Unis et d’autres alliés, au problème du terrorisme, à la prolifération des armes de destruction massive et à l’émergence rapide de nouveaux pôles concurrentiels. Il convient donc de ne pas rater le train en marche. Soit l’Union, qu’elle ait ou non une Constitution, agit comme un acteur global, soit elle subit l’instabilité et la menace, et perd ses chances dans ce monde, se contentant d’assister au spectacle de sa mutation.
Pour y remédier, une première approche préconise une « pause de réflexion » pour l’Union, une période d’attente – et de latence – qui aurait le mérite de permettre la maturation des idées et le choix des stratégies à suivre. L’« Europe par projets » consiste, quant à elle, à délimiter, sur la base du volontariat et en fonction de leur faisabilité, quelques champs d’action concrets et circonscrits dans lesquels l’Europe pourrait s’engager dans l’attente d’un jour meilleur. Sera-t-elle toutefois assez réactive ? Enfin, l’« Europe par défis » est l’Europe renaissante. Ne faut-il pas plaider pour une marche européenne forcée dans des domaines cruciaux comme le processus de Lisbonne, le terrorisme, le budget européen ?
L’Europe doit être relancée à tout prix. Pour cela, il apparaît nécessaire de travailler sur les convergences plutôt que sur les divergences : c’est bien le point commun de tous les auteurs de cette Lettre. Il y a bien matière et urgence à plus d’Europe.