Dans ce Document de travail, Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), soutient que la première moitié du XXIe siècle sera très largement marquée par le caractère dominant de la puissance américaine. Pour l’auteur, les espoirs de voir l’Amérique revenir « à la normale » et perdre un peu de sa superbe sont infondés : « Les Etats-Unis sont de plus en plus imprégnés par les valeurs conservatrices et républicaines, la politique étrangère du pays a été infléchie depuis longtemps et l’Amérique n’aura aucun concurrent sérieux avant plusieurs décennies. »Dans cet essai, Bruno Tertrais tente de saisir les évolutions de l’Amérique et propose une vision prospective de l’Amérique à court et à moyen terme. Sur le plan intérieur, l’enlisement en Irak, la gestion du désastre de La Nouvelle-Orléans ou encore l’incohérence des grandes réformes promises par Georges W. Bush ont sérieusement entaché la crédibilité des Républicains. Sur le plan extérieur, l’auteur estime que, contrairement aux attentes prévisibles, la fin du mandat de George W. Bush ne signera pas un « retour à la normale » de l’Amérique, ni une remise en cause de son « wilsonisme botté » ou de son unilatéralisme. Ce serait là sous-estimer la mutation de l’opinion publique américaine qui, pour des raisons démographiques et géopolitiques, est devenue plus conservatrice et plus portée que par le passé par les valeurs religieuses et familiales. Plus que jamais, l’Amérique continue d’adhérer aux valeurs du Sud et de l’Ouest du pays, à la liberté individuelle comme à la religion – en particulier à l’évangélisme le plus fondamentaliste –, et à la « contre-révolution culturelle », en réaction aux idées de Mai 68, incarnée jusque là par le néoconservatisme. Toujours sûre d’elle-même, l’Amérique ne semble pas prête à abandonner son sentiment d’exceptionnalité.
Néanmoins, avec la fin de la domination des WASP (White anglo-saxon protestants) et le triplement de la population hispanique et chinoise d’ici 2020, l’Amérique ne peut qu’être confrontée au débat sur son identité et sa capacité d’intégration. Outre-Atlantique, comme ailleurs, la « question sociale » retrouve également une nouvelle vigueur.
Quelles faiblesses pourraient déstabiliser l’assurance de cette puissance américaine « fatiguée » ? L’émergence de nouveaux acteurs majeurs sur la scène internationale ? Le gonflement sans précédent des importations d’énergie ou de produits manufacturés ? Une dette publique qui représente en 2007 près des deux tiers du PIB ? Malgré ces difficultés, pour Bruno Tertrais, le début du XXIe siècle sera, encore, américain. Les Etats-Unis cumulent, en effet, le premier rang dans les domaines économique (production mondiale, PIB, production d’énergie, etc.), intellectuel (nombre de prix Nobel, d’étudiants étrangers, etc.) et militaro-technologique. L’Amérique s’est aussi investie, face à ses concurrents, dans une course à l’immigration qualifiée et à l’innovation. Dans les vingt ans à venir, il semble qu’aucun autre acteur international ne soit en mesure de rivaliser avec elle, même si certains lieux comme New-York ou les grands campus universitaires, qui continuent à incarner cette avance, sont de plus en plus en marge du reste de l’Amérique.