Le paysage migratoire s’est radicalement modifié depuis l’accord de Schengen (entré en vigueur en mars 1995). Un marché mondial des études et du travail commence à émerger. Sans commune mesure avec la fuite des cerveaux naguère limitée à quelques milliers d’individus, l’émigration en grand nombre des étudiants et des travailleurs qualifiés vers les pays les plus intéressants, et donc la manière de les retenir et des les attirer, sont devenus une préoccupation pour toutes les grandes nations développées.Dans le même temps, la pression de l’immigration clandestine s’accentue à mesure que se durcissent les conditions d’entrée. Dans ce contexte plus difficile, le droit d’asile, le regroupement familial des étrangers, le mariage avec des conjoints étrangers sont plus régulièrement détournés, phénomènes qui provoquent un débat même dans les pays qui s’y montrent les plus attachés. L’intégration des immigrés et de leurs enfants, de plus en plus souvent d’origine lointaine, est plus difficile dans les pays où la croissance marque le pas. Les pays d’accueil y reconnaissent moins facilement de futurs concitoyens. Certains procèdent à des naturalisations en masse, d’autres tendent à rendre plus strictes les conditions d’accès à la nationalité.
L’immigration, longtemps prétexte à la surenchère xénophobe des partis populistes, devient un thème inévitable du débat public.
Malgré cette actualité, les questions liées à l’immigration sont toujours le lieu d’une grande confusion dans les idées comme dans les pratiques. Le flou régnant dans les définitions et les statistiques reste un obstacle à la compréhension des faits et aux comparaisons entre pays. Les administrations et a fortiori les citoyens connaissent mal les faits et mesurent mal l’impact possible des politiques nouvelles qui peuvent être proposées.
En France plus qu’ailleurs, l’immigration a constitué dans les années passées un sujet tabou, maintenu à l’écart du débat démocratique ; en l’absence de discours politique, l’amalgame a continué d’être fait, faute de chiffres fiables, entre les problèmes des immigrés et la situation des jeunes Français issus de l’immigration, les sans-papiers et les clandestins, l’augmentation du nombre des immigrés en provenance du monde musulman et l’insécurité et la menace terroriste. Le sentiment d’une situation à la fois mal connue et incontrôlée prévaut. Elle n’est pas propice à une démarche lucide et réaliste. Pourra-t-on vraiment choisir son immigration ?