Du 27 mai au 9 juin 2006, Jérôme Monod, Président d’honneur de la Fondation pour l’innovation politique, et Jean de Boishue membre du Directoire de la Fondation et rédacteur en chef de la revue 2050, se sont rendus en Russie pour un voyage d’étude et d’immersion. Ce rapport livre les chroniques d’un voyage, qui de Moscou à Ekaterinbourg puis de Ekaterinbourg à Krasnodar, s’est révélé riche en rencontres et en témoignages de Russes de toutes conditions et de toutes opinions. Si l’on a pu croire la Russie vouée à un « tellurisme historique », ces chroniques de voyage en sont le démenti : l’opinion publique existe en Russie, et elle a dit adieu au soviétisme ; l ’homme de la rue croit à la réussite individuelle, à la propriété privée et se réclame de valeurs telles que la religion, la famille ou le travail… Si tous reconnaissent qu’il reste énormément à faire, force est de constater qu’un vent nouveau pousse ce grand pays dans notre direction.La Russie se présente comme une grande puissance en émergence, désormais attachée à une économie libérale et à une identité européenne. Ce rapport fait état d’une Russie qui semble avoir totalement rompu avec son passé, et qui se réclame de l’économie de marché et de son appartenance à l’Europe. Bien que balbutiante, cette évolution paraît irréversible.

La Russie d’aujourd’hui est « la Russie de Poutine »

  • les Russes ont le sentiment que l’arrivée de Poutine a permis de rompre avec le cycle des « années perdues » entamé par Eltsine (années dominées par l’oligarchie, le désordre, la faillite économique, le sentiment de décadence) ;
  • la popularité de Poutine est très forte. Les Russes lui sont reconnaissants d’avoir su rendre à la Russie sa dignité de grande puissance. Si sa politique intérieure est souvent contestée, sa politique internationale est très majoritairement soutenue.

Le déficit des institutions est réel, mais l’aspiration à une société de droit se fait sentir

  • le régime actuel n’est pas démocratique, mais autoritaire : la bureaucratie « poutinienne » verrouille  l’administration et les institutions. Quant à l’opposition, elle ne propose pas de réelle alternative, manquant de culture politique : elle n’est de ce fait pas crédible auprès des russes ;
  • le fonctionnement de la justice fait l’objet de violentes critiques ;
  • la police a très mauvaise réputation, le sentiment d’insécurité domine dans les zones urbaines ;
  • témoignant d’un changement, les associations de défense des droits de l’homme bénéficient d’un rôle important et sont de mieux en mieux reconnues par les pouvoirs publics sans qu’ils puissent apprécier réellement leur efficacité ;

 Une nouvelle classe moyenne émerge

  • une véritable classe moyenne apparaît. Elle représente environ un quart de la population ;
  • elle se compose de personnes qui ne comptent plus sur l’état pour être aidés, qui croient en la réussite individuelle, à la propriété privée, à l’entreprise, et qui semblent « se débrouiller » par eux-mêmes.

La Russie est en quête de valeurs morales

  • pour une majorité de russes, les dernières années ont été celles du déclin des valeurs familiales, religieuses, et éducatives, avec la progression de l’individualisme, de la corruption, de la dégradation des mœurs ;
  • mais l’espoir d’un renouveau se fait sentir, et la quête des valeurs morales est un sujet de préoccupation pour les Russes ;
  • l’Eglise se pose comme la gardienne des valeurs éthiques et la source de la renaissance culturelle russe. Mais son influence reste à mesurer.

La Russie dans le monde

  • la Chine est un sujet de préoccupation, de par la pression économique et démographique qu’elle exerce. Egalement, l’ambition nucléaire de l’Iran est perçue comme une menace ;
  • les Russes se veulent européens : ils aiment rappeler que l’Europe et la Russie sont des partenaires naturels, puisque issues d’une même civilisation ;
  • les Russes regrettent les préjugés des Européens sur leur pays : ils se sentent incompris, voire menacés. Ils mesurent les dangers des malentendus qui se multiplient ;
  • selon eux, la France devrait s’attacher à mieux comprendre la Russie d’aujourd’hui, à multiplier ses contacts avec la société civile russe (ONG, associations, etc.) et à s’associer à l’avenir économique de la Russie. Manifestement, la France compte pour les Russes.